Tous les articles par Jérôme Delacroix

Éteindre l’incendie en France

Il y a quarante-huit heures, comme tous les Français, j’ai ressenti une grande tristesse en apprenant l’incendie de Notre-Dame. Cette tristesse était mêlée de colère : la cathédrale partant en fumée était le symbole d’une France en train d’être détruite. C’était l’épisode de trop après le saccage de l’Arc de Triomphe, l’incendie à Saint-Sulpice, les destructions sur les Champs-Elysées, les immeubles qui ont explosé au cœur de Paris…

Ces calamités sont bien sûr de natures différentes et on pourra s’étonner que je les cite pêle-mêle. Mais elles composent pour moi comme un tableau d’ensemble de l’enfer que la France est en train de traverser. Indéniablement, notre pays est plongé dans les ténèbres : ténèbres de la crise sociale et économique, ténèbres de la perte des repères, ténèbres de la perte de mémoire, quand on ne sait plus qui l’on est ni d’où l’on vient.

Dans ce contexte, il nous faudrait des dirigeants d’exception, capables de mettre un terme à la déliquescence nationale et d’ouvrir une voie d’avenir.

A la place, qu’avons-nous ?

Le Président Macron a répondu à la sidération qui nous a tous frappés par une solution toute faite : reconstruire la cathédrale en cinq ans, là où son édification a pris des siècles. Non seulement cette reconstruction sera ultra rapide, mais en plus Macron nous a promis que Notre-Dame serait « plus belle encore ».

Les Français ne sont pas des petits enfants. Notre-Dame n’est pas leur jouet cassé que papa va remplacer bientôt par un jouet encore plus beau. Ce n’est pas de cette façon qu’il conviendrait de sécher les larmes des Français. J’aurais préféré que le Président nous laisse faire notre deuil avant d’annoncer un plan d’action mûrement réfléchi, plutôt que d’entendre des promesses en l’air prononcées alors que les cendres étaient encore chaudes.

Quant au Premier Ministre Edouard Philippe, il vient d’annoncer un concours international d’architecture pour «doter Notre-Dame d’une nouvelle flèche adaptée aux techniques et enjeux de notre époque».

C’est vrai que l’ancienne était totalement désuète. Il était grand temps que le progressisme la fasse entrer dans la modernité.

La flèche s’est écroulée. Edouard Philippe, Philippe Castaner, Emmanuel Macron demeurent.

Certes, il serait injuste de leur faire endosser la responsabilité de l’incendie de Notre-Dame. Mais à mes yeux, comme je l’écrivais en introduction, c’est à cause d’eux que la France se consume, et les flammes qui ont ravagé Notre-Dame sont associées de manière symbolique à l’oeuvre de destruction de la France qui est menée par nos gouvernants actuels : destruction de sa langue, à laquelle Macron préfère une novlangue inclusive truffée d’anglicismes ; destruction de son unité, victime de la mise en opposition systématique des « premiers de cordée » et de « ceux qui ne sont rien », mais aussi du multiculturalisme ; destruction de sa force industrielle, au travers de la privatisation d’Aéroports de Paris, de la Française des Jeux, demain de nos barrages hydroélectriques ; destruction de notre souveraineté nationale, au travers de la poursuite d’une chimérique souveraineté européenne ; destruction de notre état de droit au travers de mesures liberticides ; etc.

Cet incendie-là, malheureusement, est loin d’être éteint, et les pyromanes sont toujours aux commandes.

Quand des chercheurs en neurosciences arrivent à la même conclusion que Bergson

Henri Bergson
Henri Bergson

Lu dans Sciences&Vie n°1216 de janvier 2019 : « Le cerveau perçoit les outils comme des prolongements du corps ». L’article est repris en partie en ligne :

« Si nous avons tant de facilité à utiliser un stylo, un tournevis ou un joystick, c’est parce que notre cerveau les perçoit comme des organes à part entière, ont découvert des neurologues français.

Qu’est-ce qui fait de l’homme un si excellent utilisateur d’outils ? Sa capacité à les considérer comme des organes propres, répond l’équipe du Centre de recherche en neurosciences de Lyon dirigée par Alessandro Farnè. Notre cerveau s’avère même capable d’en extraire une riche information sensorielle. »

Bergson ne disait pas autre chose. Ainsi, dans Les deux sources de la morale et de la religion, il écrivait, en 1932 :

« Si nos organes sont des instrument naturels, nos instruments sont par là même des organes artificiels. L’outil de l’ouvrier continue son bras ; l’outillage de l’humanité est donc un prolongement de son corps. »


La vision du philosophe rejoint donc la découverte expérimentale du scientifique.

Mon avis sur le documentaire d’Arte « Le monde selon Xi Jinping »

Le monde selon Xi Jinping
Le monde selon Xi Jinping

Arte a diffusé la semaine dernière un documentaire au contenu très riche sur la transformation de la Chine sous l’égide de Xi Jinping.

Ce documentaire, disponible sur le site d’Arte jusqu’au 15 février 2019, est une vulgarisation de la mutation engagée par la Chine depuis l’accession au pouvoir du président Xi en 2012. Son grand mérite est de fournir des informations au grand public sur quantité de sujets : histoire personnelle de Xi Jinping, réforme constitutionnelle chinoise, politique de lutte contre la corruption, contrôle de l’information et des médias sociaux, approche de la diplomatie et de la géopolitique, développement de l’armée, etc.

Son grand défaut est qu’il est un documentaire à charge contre Xi Jinping, qui place d’emblée la Chine du côté des adversaires menaçants. Il commence par une psychanalyse sauvage de Xi, tentant d’expliquer son orthodoxie communiste par un traumatisme qu’il aurait vécu pendant son enfance et par le rude traitement qu’il a subi au moment de la Révolution culturelle. Fond sonore effrayant à l’appui, Xi Jinping est presque décrit comme un malade, se voulant plus communiste que Mao pour expier une faute familiale originelle.

Ce genre d’analyse psychologisante à distance est hautement critiquable. J’ai d’ailleurs failli arrêter de visionner le documentaire après les 15 premières minutes tant cet angle m’énervait…

Heureusement, le reste du documentaire s’est avéré plus intéressant, même si toujours orienté de manière critique contre la Chine. Il décrit bien, par exemple, la stratégie d’influence chinoise par le commerce au travers des « nouvelles routes de la soie » voulues par Xi Jinping. Surtout, il met l’accent sur la grande force de la Chine : la vision à long terme de ses dirigeants. Un symbole : le Parti Communiste Chinois (le PCC) a les yeux rivés vers 2049, qui doit correspondre au centenaire de la création de la République Populaire de Chine. L’objectif fixé au pays est clair : à cette date, il doit être la première puissance économique mondiale.

Le documentaire laisse entendre qu’au-delà de l’économie, c’est une hégémonie globale que vise la Chine. Le PCC voudrait imposer son modèle social et politique au reste du monde. En cela, il prend le contrepied total des déclarations de Xi qui a, à de maintes occasions, affirmé que la Chine ne s’immiscerait jamais dans l’organisation interne des autres pays, et qu’elle ne recherchait pas à dominer le monde.

Cela paraît difficile à croire pour les Occidentaux qui ont historiquement recherché à imposer leur modèle aux autres pays. La Chine super-puissance sera-t-elle capable de résister à cette tentation ?

Une chose est sûre, en tout cas. Le documentaire diffusé sur Arte s’inscrit dans une logique de lutte entre blocs, voire de lutte entre les civilisations. Dans le film, la Chine n’est pas considérée comme un partenaire avec lequel il serait souhaitable de construire des coopérations, mais comme un rival qu’il convient de contenir. Qui plus est, la tonalité d’ensemble du film est défaitiste. Le match paraît plié.

On ne peut que regretter cette approche mettant l’accent sur les antagonismes entre les pays, négative et souvent caricaturale. Le monde selon Xi Jinping est donc un documentaire riche et instructif, mais à prendre avec des pincettes.

Un État faible

Le mouvement des gilets jaunes est éminemment sympathique. Il vient rappeler à Emmanuel Macron qu’un Président de la République, en France, est le président de tous les Français : les riches, les pauvres, les ruraux, les urbains, les diplômés, ceux qui n’ont pas de qualification… Le président doit parler à tous ces gens ; servir la France passe par le service de cette diversité.

Toutefois, le mouvement des gilets jaunes est aussi symptomatique de la déliquescence de l’Etat. Pourquoi avoir autorisé ce que Castaner a appelé à juste titre des attroupements ? Les manifestations, en France, doivent être déclarées en préfecture. Comment avoir laissé prospérer une population de barbares en marge de la République ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit avec les casseurs.

Le problème originel est qu’Emmanuel Macron a été mal élu. Son accession au pouvoir a été le fruit de circonstances au mieux fortuites, au pire savamment orchestrées : l’empêchement de François Fillon, la qualification de Marine le Pen au deuxième tour. Macron n’a jamais rassemblé sur son nom, mais toujours contre : contre les vieux de la politique qu’il convenait de « dégager » ; contre le péril de l’extrême-droite, qu’il fallait contenir.

En politique, chez nous, la puissance puise in fine sa source dans la légitimité démocratique. Dans le cas de Macron et de son gouvernement, celle-ci est très faible. Tout juste disposent-ils d’une légitimité légale. Dans ces conditions, sur fond de défiance et de mécontentement de la population, il était extrêmement difficile d’interdire le mouvement des gilets jaunes. Cela aurait ressemblé à un étouffement de plus de l’expression du peuple.

On voit mal comment sortir de cette situation sans le retour aux urnes. Mais comme tout ce que propose le gouvernement est un « dispositif de concertation nationale », alors que ce qu’il faudrait, c’est un référendum, nous allons rester dans ce malaise jusqu’aux élections européennes… qui ne manqueront pas de prendre l’aspect d’un vote sanction contre Macron.

Glissements de terrain

« It’s the economy, stupid! » lançait jadis un Bill Clinton inspiré en campagne contre George Bush.

En effet, on pourrait penser qu’en période de crise, tout gouvernement accorderait la primauté à l’amélioration de la situation économique.

Naïvement, on pourrait même s’attendre à ce qu’un Président issu de la gauche se concentre en priorité sur le sort des classes populaires et des classes moyennes.

Mais en France, où le taux de chômage flirte avec les 10% et où les inégalités ne cessent de s’amplifier, rien de tout cela. La priorité est donnée à la « transition écologique », prétexte à un alourdissement de la pression fiscale sur les moins favorisés.

C’est que la gauche, en France, est adepte des glissements de terrain.

La gauche façon Hollande a laissé tomber les classes populaires et moyennes pour faire du sociétal.

Faute de pouvoir améliorer la situation sur le terrain économique, la « gauche » mode Macron utilise un autre écran de fumée : l’écologie.

Tout ceci trompe de moins en moins de monde. Rien d’étonnant dès lors que les Français ne se laissent pas berner par le dernier discours présidentiel.

L’arrivée d’Emmanuel Macron a constitué un tremblement de terre politique. Il pourrait bien être renversé par un tsunami populaire.

Mon plus bel Halloween

« Déguisez-vous… Consommez ! »

« Déguisez-vous… Consommez ! »

L’injonction de la société de consommation poussant à célébrer Halloween, en lieu et place de la fête de la Toussaint, était tout ce que je percevais.

Fortement révélatrice de l’américanisation irréfléchie de la société, cette  » tradition » n’avait rien pour me plaire.

Et puis mon fils de 10 ans a voulu que je l’accompagne pour aller taxer des bonbons aux voisins.

Tout sauf enthousiaste à cette idée, je pris le parti de mettre mes aprioris dans ma poche, d’enfiler un déguisement de fortune… et nous voici dehors, dans l’obscurité, sous une légère pluie. J’embarquai au passage le fils d’un voisin ne pouvant l’accompagner ce soir-là. Ma B-A quotidienne.

Nous commençâmes notre tournée par une dame retraitée de l’Education nationale. La dame insista pour nous faire rentrer. Je découvris un foyer, avec un papi qui mitonnait de petits plats, les enfants de province venus pour l’occasion, les derniers préparatifs : le chapeau pointu, les griffes du petit monstre de 11 ans, le sac à confiseries à ne pas oublier…

La troupe s’étant ainsi renforcée, nous continuâmes notre expédition. Les vampires étaient menaçants, les fantômes effrayants, les squelettes inquiétants. Devant le péril, la plupart des voisins donnaient aux monstres en culotte courte qui des carambars, qui des sucettes, qui encore d’autres bonbons en tous genres. Sans oublier les sourires et les compliments devant les déguisements, accompagnés d’un clin d’œil complice aux parents accompagnateurs.

Chemin faisant, je fis la connaissance d’une voisine brésilienne, d’une autre irlandaise, d’un couple algérien… Chaque maison partageait les douceurs de son pays, et nous fîmes ainsi un petit tour du monde des sucreries.

Vers la fin de notre parcours, nous rendîmes visite à une dame très âgée, qui manifestement ne s’y attendait pas. Elle alla fouiller dans sa cuisine, à la recherche de quelques bonbons. Le butin fut maigre. Mais sans échanger un mot, nous nous mîmes d’accord pour prolonger notre séjour sur le pas de sa porte. Elle avait l’air si heureuse devant tous ces bambins, qui venaient interrompre la monotonie de ses vieux jours, que c’est à regret que nous la quittâmes.

Notre virée nocturne touchait à sa fin. Les enfants se répartirent les douceurs, les parents se saluèrent et je raccompagnai chez lui le petit voisin.

Sur le chemin du retour, j’avais le cœur content de ces moments partagés, de ces rencontres, de ces sourires. Mais le plus bel instant de cette soirée fut quand mon fils me dit : « merci de m’avoir accompagné, Papa, c’était cool. »

Ce soir-là, j’avais vécu mon plus bel Halloween.

5 millions de « millionnaires » en France. Et alors ?

Selon une étude du Crédit Suisse, il y aurait en France 2,147 millions de ménages possédant un patrimoine dépassant un million de dollars.

Compte tenu du fait que la taille moyenne d’un ménage s’établit aujourd’hui autour de 2,2 personnes, on peut estimer, toutes choses étant égales par ailleurs, que 4,8 millions de personnes vivent en France dans des foyers millionnaires.

Vu qu’au 1er janvier 2018, la population française se montait à près de 68 millions d’habitants, cela veut dire que 7% des habitants en France vivent dans des foyers millionnaires.

Toutefois, la richesse de ces habitants doit être relativisée par le fait qu’elle s’explique probablement en bonne partie par la flambée de l’immobilier, ces dernières années. L’entrée dans le club des millionnaires s’explique, pour nombre de ses nouveaux membres, par l’appréciation de leur patrimoine immobilier. Elle n’est donc pas le signe d’une amélioration substantielle de leur qualité de vie.

Cet « enrichissement » n’apporte rien non plus à l’économie : il n’est ni créateur d’emplois, ni créateur d’activité.

Cette statistique du Crédit Suisse n’est donc pas tellement significative. Elle marque les esprits, mais sur un plan purement symbolique.