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Sai weng shi ma – Bonheur et malheur cachés

塞翁失马 - Sai weng shi ma
塞翁失马 – Sai weng shi ma

« Sai weng shi ma » (塞翁失马) est une expression du langage courant que tous les Chinois connaissent. Littéralement, elle se traduit par « Le vieux Sai perd son cheval ».  Elle est tirée d’une célèbre légende chinoise, dont vous trouverez une transcription ci-dessous.

Il y avait un vieil homme, à l’époque des Royaumes combattants, que l’on appelait le vieil homme de la frontière. Il élevait beaucoup de chevaux. Un jour, l’un d’entre eux s’enfuit du groupe. Lorsqu’ils l’apprirent, les voisins du vieil homme vinrent le réconforter, en disant qu’il était un homme d’un age vénérable et qu’il ne devait pas miner sa santé en se faisant du souci à cause de la perte d’un cheval. Ce à quoi le vieil homme de la frontière répondit, avec un sourire ingénieux : « ce n’est pas une lourde perte. Qui sait ? C’est peut-être même une bénédiction cachée… »

Les villageois se sont un peu moqués lorsqu’ils ont entendu ces paroles. La perte d’un cheval ne pouvait vraiment pas être considérée comme une bonne chose. Ces propos ne pouvaient être qu’une façon pour le vieil homme de se consoler. Et pourtant… Quelques jours plus tard, le cheval fugitif revint. Et il ne revint pas seul, mais accompagné d’un autre magnifique cheval.
Quand ils apprirent que le cheval perdu était revenu, les voisins furent très surpris de la brillante clairvoyance du vieil homme. Ils le félicitèrent, en disant que la perte du cheval était bien une bénédiction cachée, qui s’était avérée très fructueuse. Mais le vieil homme avait l’air anxieux et il dit : « gagner un beau cheval sans travailler pourrait m’apporter bien des malheurs. » Les voisins se dirent qu’il se mentait à lui-même. Sûrement, il était heureux d’avoir gagné un autre cheval, et il ne voulait pas le montrer pour paraître modeste.

Il se trouve que le vieillard avait un fils unique, grand amateur de promenades en cheval. Ce garçon avait pris l’habitude de monter le nouveau cheval, avec un grand plaisir, car c’était vraiment une excellente monture. Malheureusement, un jour, il fit une chute et se cassa une jambe. Les villageois vinrent encore une fois dans la maison du vieux monsieur pour le consoler. Mais le vieil homme se contenta de dire : « peut-être que c’est une bénédiction cachée. » Les voisins se dirent encore une fois que ce n’étaient que les divagations d’un vieil homme. Clairement, une jambe cassée ne pouvait nullement être une bénédiction.

Tout ceci s’est passé peu de temps avant que les tribus du Nord ne lancent leur grande invasion sur les régions frontalières. Beaucoup de jeunes gens furent enrôlés dans l’armée, mais pas le fils du vieil homme de la frontière, parce qu’il était handicapé. Beaucoup des jeunes soldats moururent, seul le fils du vieil homme survécut.

Moralité : un coup de chance peut se révéler après coup un malheur, et un malheur peut finalement apporter de bonnes choses.

Facebook officiellement accessible en Chine ! Oui, mais pas partout…

Facebook en Chine
Facebook en Chine

Roulez tambours, sonnez trompettes, oyez, oyez : les Chinois peuvent enfin librement accéder à Facebook ! Mais il ne faudrait pas que nous nous réjouissions trop vite (désolé, cher Mark Z.) : cette ouverture est pour le moment limitée à la zone de libre échange fraîchement inaugurée à Shanghai.
Le premier ministre chinois Li Keqiang a en effet annoncé en juillet l’ouverture de cette zone, sur le modèle de Hong Kong. Elle a été par la suite confirmée par le gouvernement le 22 août. Concrètement, il sera désormais plus facile pour les entreprises étrangères d’investir dans cette zone de 28 km2 à Pudong, où le yuan sera par ailleurs plus aisément convertible.

Comme l’indique une source gouvernementale citée par Journal-Facebook : “Pour bien accueillir les entreprises étrangères et leurs salariés, nous devons faire en sorte qu’ils se sentent comme chez eux. S’ils ne peuvent pas aller sur Facebook ou lire le New York Times, ils vont naturellement se demander si la zone de libre échange est vraiment différente du reste de la Chine”.

Ah oui, là, on comprend mieux : l’ouverture est avant tout pensée pour les expatriés ! Si les Chinois peuvent accéder à Facebook dans cette zone, cela ne sera qu’un effet de bord. Il ne faut pas rêver, quand même…

Carnet de voyage : quid de Google et la censure en Chine en août 2010 ?

Google en ChineCet été à Pékin, j’ai pu me rendre compte de l’état des lieux de ce qui est accessible sur Google en Chine. Mais commençons par un rappel des derniers épisodes qui ont ponctué les relations entre la Chine et la firme de Mountain View ces derniers mois.

Début 2010, la querelle entre la Chine et Google avait fait grand bruit dans la presse. Google avait indiqué avoir fait l’objet d’attaques de hackers. Selon la firme, ces attaques avaient pour origine la Chine. La cible était non seulement des défenseurs chinois des Droits de l’Homme utilisateurs des services de Google, mais aussi, semble t-il, la technologie Google elle-même. David Drummond, Directeur juridique de la firme, avait ainsi déclaré que les attaques avaient eu pour conséquence un « vol de propriété intellectuelle ».

En réaction, Google avait décidé de désactiver la censure des résultats de son moteur de recherche sur son site chinois, google.cn. Pour ce faire, il avait mis en place une redirection automatique des requêtes effectuées sur google.cn vers la version hong-kongaise du site, google.com.hk. En effet, la censure du net ne s’applique pas à Hong-Kong, en vertu du principe « un pays, deux systèmes ». Résultat des courses : le gouvernement chinois avait décidé de bloquer Google en Chine continentale, y compris google.com.hk.

Finalement, en juin 2010, un compromis est trouvé : Google est à nouveau accessible, en contrepartie la redirection automatique de google.cn vers google.com.hk est remplacée par un lien sur lequel l’internaute doit cliquer pour accéder à la version non filtrée de Hong-Kong.

Voici ce qu’il en était quand j’ai cherché à utiliser Google en Chine au mois d’août :

  • l’internaute qui tape tout simplement dans sa barre de navigation http://www.google.com est automatiquement redirigé vers http://www.google.com.hk, version non censurée
  • pour accéder à la version censurée mentionnant explicitement le lien vers http://www.google.com.hk, l’internaute doit explicitement taper dans sa barre d’adresse : http://www.google.com.cn, ce qui est tout de même moins évident. A noter que sur ce site, le lien vers http://www.google.com.hk est particulièrement visible (en gras)

google.com.cn

  • sur la version de Hong-Kong de Google, les résultats ne sont pas filtrés. J’ai pu le vérifier avec une requête du type : « Tian an men massacre »
  • en revanche, quand on clique sur les liens ramenés par Google, on ne peut pas y accéder : les résultats de recherche ne sont pas filtrés, mais on ne peut pas accéder aux pages qui sont derrière
  • impossible d’accéder non plus à la version en cache de ces pages, puisque cette fonction n’est pas proposée par Google en Chine

Autrement dit, Google et le gouvernement chinois continuent de jouer au chat et à la souris : je te bloque mais pas complètement, je m’auto-censure mais pas tout à fait.

L’internaute chinois un peu malin, lui, s’y retrouve très bien.

Note : le petit jeu des subtilités va très loin. Depuis, la France, si l’on tape http://www.google.com.cn, on arrive sur la page illustrée ci-dessus, avec le lien en gras vers google.com.hk. Sauf qu’en réalité, ce n’est qu’une image. Impossible d’utiliser en France la version censurée de Google : lorsque l’on clique dans la zone de recherche, on est automatiquement redirigé vers la version hong-kongaise.

Sur le même sujet :

Pour Google, la censure du Web est une barrière commerciale

La fin de la censure sur Internet en Chine ?

Après le Hollandais volant, le (bus) chinois volant

Si vous n’avez pas de chance, sur les mers, vous risquez de croiser le Hollandais volant :

« Les marins de toutes les nations croient à l’existence d’un bâtiment hollandais dont l’équipage est condamné par la justice divine, pour crime de pirateries et de cruautés abominables, à errer sur les mers jusqu’à la fin des siècles. On considère sa rencontre comme un funeste présage. »

(Collin de Plancy, Dictionnaire infernal, seconde édition, P. Mellier, Paris, 1844, p. 322, cité par Wikipédia)

En revanche, si tout se passe bien, vous aurez peut-être bientôt la chance de croiser à Pékin des bus volants. Il faut savoir que les embouteillages dans la capitale chinoise ont pris des dimensions considérables. Des ingénieurs chinois ont eu l’idée de créer un bus circulant en hauteur, pouvant transporter un grand nombre de passagers et ne ralentissant pas la circulation car les autres véhicules peuvent passer sous lui.

Ce projet, qui va effectivement voir le jour, témoigne de l’inventivité des Chinois en matière de transport. C’est là un des grands avantages du développement de ce pays : la Chine met sur le marché des bataillons complets d’ingénieurs chaque année, statistiquement il y a de fortes chances pour que de nombreuses innovations en résultent.

Beaucoup plus fumeuse, l’idée d’un train qui ne s’arrête jamais, a sans doute moins de chance de voir le jour.

Peng Yu-LunLe taïwanais Peng Yu-lun est à l’origine de ce concept : le train porte sur son toit une navette. A l’approche d’une station, les voyageurs souhaitant descendre la rejoignent. Pendant ce temps, en gare, une autre navette à l’arrêt accueille les passagers voulant monter dans le train. Celui-ci arrive alors à la station sans s’arrêter mais en ralentissant. La navette qui était en gare est alors arrimée sur le toit du train qui l’emmène, la navette qui était sur le train est elle décrochée et s’arrête doucement en gare.

Le principal avantage du système serait un gain d’énergie, les accélérations faisant suite aux arrêts étant très gourmandes en électricité. Seul hic : le concepteur ignore encore comment procéder à l’arrimage et au décrochage des navettes. Bref, une belle idée, mais verra t-elle le jour ?

Où manger un délicieux canard laqué à Pékin ?

Quanjude canard laquéManger un canard laqué à Pékin ne relève pas de l’exploit. Mais où en déguster un vraiment exceptionnel ? Lors de mon récent séjour à Pékin, j’ai eu la chance de pouvoir savourer celui servi par Quanjude. Cette chaîne de quelques restaurants haut de gamme est spécialisée dans le canard. Ils servent un canard laqué très fin, découpé devant vous dans les règles de l’art. En prime, la charmante serveuse vous dira tout sur l’historique de cet établissement de plus de 150 ans qui s’enorgueillit d’avoir régalé de nombreuses personnalités. Enfin, si vous désirez un souvenir de ce repas, n’oubliez pas d’emporter la fiche d’identification numérotée du canard que vous avez dévoré, qui vous sera remis sous la forme d’une élégante carte postale.