Archives de catégorie : En France

La politesse à l’heure de la Covid

Jeune fille tenant un loup
Jeune fille tenant un loup. Pastel de Charles-Antoine COYPEL (1745).

Les gestes de politesse ont une histoire. Ainsi l’origine de la poignée de main serait que, dans les temps anciens, il convenait de montrer à son interlocuteur que l’on ne dissimulait pas d’arme dans sa paume.

Combien de temps faut-il pour qu’une pratique s’expliquant à l’origine par la recherche d’une utilité concrète se généralise et se transforme en une marque de politesse, déconnectée de son utilité de départ ? La crise sanitaire actuelle nous permettra peut-être de répondre à cette question, grâce notamment à l’usage des masques.

Des marques de politesse qui apparaissent…

A quelques jours d’intervalle, j’ai ainsi été le témoin d’une pratique qui m’a frappé, à l’occasion des réunions parents – professeurs de la rentrée des classes.  Evidemment, le port du masque était obligatoire. Mais à l’école maternelle de mon cadet, puis, une semaine plus tard, au collège de mon aîné, deux enseignantes, fraîchement arrivées dans leur établissement respectif, ont chacune démarré leur intervention en retirant quelques secondes leur masque, histoire, nous ont-elles toutes deux expliqué, de montrer leur visage aux parents qui les voyaient pour la première fois.

Si le port du masque devait devenir une norme pérenne (à Dieu ne plaise !), peut-être le fait de retirer son masque une poignée de secondes deviendra-t-il une marque de politesse, la première fois que l’on rencontre quelqu’un. Et tant qu’on en est aux conjectures, peut-être notre cerveau s’habituera-t-il à mémoriser en une fraction de secondes les visages, sachant que l’on n’aura plus l’occasion de les voir aussi fréquemment.

… Et des marques de politesse qui disparaissent.

A l’inverse, certaines marques de politesse anciennes sont en train de se transformer en maladresses. Par exemple, l’autre jour, un plombier s’est présenté à mon domicile pour une réparation, et s’est précipité pour me serrer la main, alors qu’il sortait des transports en commun. J’ai décliné la proposition, en me sentant quelque peu mal à l’aise de devoir expliquer que, dans le contexte actuel, la poignée de main n’était plus de mise, et en compensant tant bien que mal ma froideur forcée par un sourire.

Alors, y aura-t-il une politesse post-Covid, différente de ce que nous connaissions jusqu’à présent ? L’avenir le dira, mais ce qui est sûr, c’est que nous aurons toujours besoin de la politesse pour fluidifier et faciliter les rapports sociaux.

Le confinement, ou l’exceptionnel à la portée de tous

L'exceptionnel Monsieur Tout-le-mondeLe confinement est une épreuve que la plupart d’entre nous n’aurait jamais cru devoir vivre un jour. Pour pouvoir le supporter, il faut de la patience, de la ténacité et de l’amour. A cet égard, et toutes proportions gardées, il évoque des situations extrêmes qui sont le quotidien d’individus hors du commun.

Voici quelques exemples de ces individus auxquels le confinement actuel m’a fait penser.

Les enfants-bulles sont des personnes dont les défenses immunitaires sont fortement affaiblies, voire inexistantes. Cela résulte le plus souvent d’une immunodéficience innée.

Le nom d’« enfant-bulle » trouve son origine dans le fait que ces enfants doivent vivre dans un milieu stérile et isolé au maximum de l’environnement extérieur afin de rester à l’abri des infections. Ils ne doivent jamais sortir au risque de contracter de graves maladies, et doivent prendre d’infinies précautions dans leur vie sociale.

Six astronautes occupent en permanence la station spatiale internationale ISS (International Space Station), pour des durées comprises entre trois et six mois (espérons que le confinement ne durera pas aussi longtemps !). La raison d’être de la station est de rendre possible des expériences scientifiques qui ne pourraient pas être réalisées sur Terre. Mais elle possède un autre intérêt : elle permet d’étudier la psychologie d’un groupe d’hommes et de femmes contraints de passer de longues semaines dans un environnement exigu, sans autres contacts. Evidemment, il n’est pas question pour eux de sortir, mis à part quelques sorties extra-véhiculaires. D’un point  de vue humain, cette situation n’est pas sans rapport avec le confinement auquel nous sommes astreints.

Les sous-mariniers de la Défense Nationale, qu’ils soient dans des sous-marins d’attaque ou dans des sous-marins lanceurs d’engins, passent de longues semaines isolés du reste du monde. Ils doivent s’adapter à un nouveau rythme, où ils travaillent par périodes de quatre heures ou « quarts », et communiquent avec leurs proches uniquement par des moyens électroniques. Un peu comme nous en ce moment. A une différence près : les messages que les sous-mariniers reçoivent sont préalablement censurés par leur hiérarchie,  afin d’éviter que des mauvaises nouvelles ne sapent le moral de l’équipage. Dans notre cas, au contraire, nous sommes abreuvés en permanence des mauvaises nouvelles de l’épidémie par les médias.

On trouverait sans peine d’autres exemples.

Bien sûr, confinés dans notre domicile, notre existence quotidienne est bien moins dure que celle des personnes que je viens de citer.

Il n’empêche : lorsque nous serons lassés par la monotonie des jours qui vont s’égrainer jusqu’à la fin du confinement, nous pourrons nous projeter, par l’imagination, dans le quotidien de ces personnes exceptionnelles.

Désormais, contre toute attente, nous partageons tous, à un degré aussi infime soit-il, une partie de leur destin.

Le confinement a du bon !

pink coronavirusDans toute situation, il est bon de rechercher les aspects positifs : « à quelque chose, malheur est bon », ou sai weng shi ma, comme disent les Chinois. Le confinement n’échappe pas à la règle.

Voici donc quelques avantages du confinement qui me sont venus spontanément à l’esprit, ces dernières trente-six heures :

Je mettrai cette liste à jour au fil du temps.

Et vous, quels aspects positifs voyez-vous au confinement ? N’hésitez pas à les indiquer en commentaires !

Exclusif : photo d’un virus traversant seul les frontières

Entendu ce soir dans la bouche du Ministre français de la Santé cet argument rabâché inlassablement comme un élément de langage : face à une épidémie, « fermer les frontières ne sert à rien ; les hommes s’arrêtent aux frontières, pas les virus ».

Ce sophisme est révélateur d’une posture purement idéologique : la libre circulation des personnes en Europe, c’est bien, en toutes circonstances, on n’a pas le droit d’y toucher. La fermeture des frontières, c’est l’Impensable, l’Innommable.

Pourtant, si le coronavirus n’est pas présent dans l’air, comme les responsables de la Santé en France nous l’ont expliqué, on se demande bien comment un virus pourrait passer les frontières sans un véhicule, un hôte qui l’héberge, un corps humain.

Si on avait fermé les frontières, moins de porteurs de virus auraient pénétré sur le territoire français, donc moins de virus.

Ou alors je veux que l’on me montre une photo sans trucage d’un virus traversant les frontières seuls sur ses petites jambes.

Virus traversant les frontières
Virus traversant tout seul les frontières

Le sophisme de « la fermeture des frontières » s’appuie par ailleurs sur un autre outil classique de la manipulation : l’exagération. En effet, on n’est pas obligé de fermer complètement les frontières, on peut renforcer le contrôle aux frontières.

Autrement dit, il s’agit, pour les tenants du dogme de la libre-circulation, premièrement de justifier l’inaction en exagérant un argument de bon sens, le renforcement des contrôles aux frontières (en lui substituant la notion de « fermeture »), puis de ridiculiser l’exagération par un sophisme.

Mais le comble du cynisme est de consolider ce qui s’apparente ni plus ni moins à un mensonge par la dénonciation d’un autre mensonge du passé : c’est le rappel du fameux nuage de Tchernobyl, dont le gouvernement français avait d’abord prétendu qu’il n’avait pas pénétré dans l’Hexagone.

Là encore, c’est une grossière manipulation : le nuage, poussé par le vent, était « automobile » alors que le virus a, lui, besoin d’un porteur pour se déplacer. Limiter les déplacements des porteurs potentiels, c’est nécessairement contribuer à restreindre la circulation du virus.

L’emploi de tels artifices ne donne pas envie de prêter crédit aux dirigeants.

D’où la defiance et le doute qui se sont immiscés dans une partie de la population.

Comme dit l’adage : fool me once, shame on you, fool me twice, shame on me. (Honte à toi si tu m’arnaques une fois, honte à moi si tu m’arnaques deux fois.)

Quand la préservation du patrimoine s’invite dans le métro

Effet induit par l’incendie de Notre-Dame ? Le thème de la préservation du patrimoine s’invite jusque dans le métro.

Ce matin, à Trocadéro, de charmantes employées de la RATP arrêtaient les voyageurs s’apprêtant à sortir de la station pour leur proposer un café… assorti d’ un prospectus sur les travaux devant être réalisés sur la ligne 6.

Ces travaux, présentés comme nécessaires pour rénover les viaducs du métro aérien parisien, sont introduits sur le thème de la protection du patrimoine architectural.

L’angle eût-il été le même sans l’incendie de la cathédrale ? Faut-il voir dans la combinaison « café + patrimoine » une simple démarche marketing pour faire passer la pilule des travaux, toujours gênants ? Au contraire, cette approche est-elle le signe d’une prise de conscience salutaire ?

Pour ma part, j’opterai pour cette dernière hypothèse, parce qu’après tout, il n’est pas interdit d’être optimiste.

Une découverte : les enfants de la résistance

Les enfants de la résistance
Les enfants de la résistance

Apprendre les leçons d’Histoire peut être fastidieux pour un enfant. En effet, cela passe nécessairement par du « par cœur » pour mémoriser les dates et les événements.

J’ai coutume d’aider mon fils à réviser en lui racontant l’Histoire comme une histoire, avec ses protagonistes et ses rebondissements. Dans le même esprit, la maîtresse de CM2 de mon fils a fait découvrir aux élèves de sa classe le tome 1 d’une bande dessinée intitulée Les enfants de la résistance.

L’histoire se passe dans la France occupée. Dans le secret absolu, un groupe d’enfants d’une dizaine d’années entreprend des actions de résistance, parvient à mobiliser les adultes et à fédérer des réseaux.

Mon fils m’a fait découvrir cette BD… et j’ai dévoré les deux premiers tomes. Comme lui, je suis devenu fan.

L’histoire est palpitante, les personnages touchants et on découvre ou redécouvre l’Histoire sans s’en rendre compte. Action, suspense et identification aux jeunes héros jouent à plein pour aider les enfants à s’approprier ces années décisives pour notre pays. Un dossier documentaire en fin d’album permet d’aller plus loin, en totale cohérence avec les aventures des personnages, qu’il éclaire avec des photos et des archives d’époque.

J’ai hâte que mon fils me prête le tome 3 !

Interview vidéo des deux auteurs, Vincent Dugomier et Benoît Ers :

Madame Irma, les oracles et les instituts de sondage

Madame Irma
Madame Irma

Ce pourrait être le titre d’une fable. En tout cas, cela décrit bien ce qui s’est passé à l’occasion des dernières élections européennes.

Les instituts de sondage prédisaient un fort taux d’abstention, une percée de Bellamy et Philippot à 2-3%.

Au final, la participation fut en forte hausse, les Republicains se sont ratatinés et Philippot peut aller se rhabiller.

Comment expliquer ce décalage entre les prévisions et la réalité ? On peut envisager plusieurs hypothèses :

  • Une incompétence des instituts de sondage français
  • Une absence de pertinence des sondages politiques de manière absolue
  • Une malhonnêteté intellectuelle des instituts français

A l’appui de la troisième hypothèse, on s’étonnera par exemple du fait que la liste UPR de François Asselineau « Ensemble pour le Frexit » n’était bien souvent tout simplement pas proposée aux répondants, alors que cette liste a finalement recueilli plus du double de voix que Philippot.

Quoi qu’il en soit, ce décalage est source d’optimisme. On entend souvent que les instituts de sondage feraient l’opinion. En l’occurrence, les électeurs français ne s’en sont pas laissés conter, et ont voté comme ils en ont eu envie.

Fermeture de magasins Auchan : les gilets jaunes, coupables tout trouvés

Logo Auchan
Logo Auchan

Le Figaro et l’AFP nous annoncent qu’Auchan va procéder à la fermeture de 21 magasins en France. Le groupe aurait « durement subi la crise des gilets jaunes ».

Traduction : les gilets jaunes sont responsables de la fermeture de ces sites et de la menace planant sur 723 emplois.

Peu importe, comme le dit pourtant l’article, qu’Auchan ait perdu un milliard d’euros en 2018, alors que le mouvement des gilets jaunes n’a démarré qu’en novembre. Les « années d’errances stratégiques » pointées par la CFDT ? Un détail sans doute.

Non, les responsables, ce sont forcément les gilets jaunes.

C’est tellement pratique d’avoir des boucs émissaires.

L’art de boire, en Chine et en France

白酒
白酒

L’alcool est une composante de la vie sociale aussi bien en Chine qu’en France, mais avec de notables différences.

D’abord, on ne boit pas la même chose. Le vin est une valeur sûre en France, riche en vignobles et en tradition viticole. En Chine, les repas sont généralement accompagnés de 白酒 (bai jiu), littéralement « alcool blanc » ou « vin blanc ». Il s’agit d’alcool de sorgho, qui titre entre 35 et 53 degrés, dont les deux marques les plus célèbres (et les plus chères) sont Moutai et Wu liang ye.

On ne boit pas non plus dans les mêmes verres. Alors que la contenance d’un verre à vin est comprise entre 8 et 14 cl, un verre à baijiu est souvent tout petit, ce qui permet de multiplier les toasts.

Ce qui nous amène à la manière de boire en société. Il est de coutume, en France, de trinquer avec les autres convives ou de lever son verre en leur honneur, au début du repas. Ensuite, chacun déguste son verre à son rythme. Cela dénote, me semble-t-il, une dimension individualiste assumée dans le plaisir du vin. En France, on assume de prendre son verre et de le porter à ses lèvres en solo, de boire et d’y prendre du plaisir, au nez et à la barbe, si j’ose dire, de la personne que l’on a en face de soi.

Il en va tout autrement en Chine, où l’on ne boit pas seul. Il convient d’inviter les convives à boire avec soi, à chaque verre, et en respectant des priorités : trinquer d’abord avec celui qui invite, avec le chef, avec l’aîné, etc. En matière d’alcool, on ne prend pas son pied tout seul lorsque l’on est entouré. La manière de trinquer répond aussi à un décorum bien particulier. On se lève pour inviter une personne parfois située de l’autre côté de la table, on échange quelques mots, puis on fait cul-sec (干杯, ganbei, ou « verre propre ») avant de montrer ostensiblement à son interlocuteur que l’on a vidé son verre et de retourner à sa place, ou de poursuivre la tournée des toasts.

Après quelques années de pratique (oui, j’ai donné de ma personne !), j’apprécie cette façon de faire : on ne boit pas pour boire mais avant tout pour créer ou nourrir du lien social. Pour un occidental, toutefois, cette façon de boire peut manquer de spontanéité et ne permet pas de se détendre totalement. Elle conduit aussi, surtout lorsque les convives sont nombreux, à boire beaucoup plus, et à boire même quand on n’en a pas envie : on ne refuse pas un toast quand on y est invité.

Boire avec modération est bien difficile en Chine…

Éteindre l’incendie en France

Claire Fontaine - "France burnt/unburnt"
Claire Fontaine – « France burnt/unburnt »

Il y a quarante-huit heures, comme tous les Français, j’ai ressenti une grande tristesse en apprenant l’incendie de Notre-Dame. Cette tristesse était mêlée de colère : la cathédrale partant en fumée était le symbole d’une France en train d’être détruite. C’était l’épisode de trop après le saccage de l’Arc de Triomphe, l’incendie à Saint-Sulpice, les destructions sur les Champs-Elysées, les immeubles qui ont explosé au cœur de Paris…

Ces calamités sont bien sûr de natures différentes et on pourra s’étonner que je les cite pêle-mêle. Mais elles composent pour moi comme un tableau d’ensemble de l’enfer que la France est en train de traverser. Indéniablement, notre pays est plongé dans les ténèbres : ténèbres de la crise sociale et économique, ténèbres de la perte des repères, ténèbres de la perte de mémoire, quand on ne sait plus qui l’on est ni d’où l’on vient.

Dans ce contexte, il nous faudrait des dirigeants d’exception, capables de mettre un terme à la déliquescence nationale et d’ouvrir une voie d’avenir.

A la place, qu’avons-nous ?

Le Président Macron a répondu à la sidération qui nous a tous frappés par une solution toute faite : reconstruire la cathédrale en cinq ans, là où son édification a pris des siècles. Non seulement cette reconstruction sera ultra rapide, mais en plus Macron nous a promis que Notre-Dame serait « plus belle encore ».

Les Français ne sont pas des petits enfants. Notre-Dame n’est pas leur jouet cassé que papa va remplacer bientôt par un jouet encore plus beau. Ce n’est pas de cette façon qu’il conviendrait de sécher les larmes des Français. J’aurais préféré que le Président nous laisse faire notre deuil avant d’annoncer un plan d’action mûrement réfléchi, plutôt que d’entendre des promesses en l’air prononcées alors que les cendres étaient encore chaudes.

Quant au Premier Ministre Edouard Philippe, il vient d’annoncer un concours international d’architecture pour «doter Notre-Dame d’une nouvelle flèche adaptée aux techniques et enjeux de notre époque».

C’est vrai que l’ancienne était totalement désuète. Il était grand temps que le progressisme la fasse entrer dans la modernité.

La flèche s’est écroulée. Edouard Philippe, Philippe Castaner, Emmanuel Macron demeurent.

Certes, il serait injuste de leur faire endosser la responsabilité de l’incendie de Notre-Dame. Mais à mes yeux, comme je l’écrivais en introduction, c’est à cause d’eux que la France se consume, et les flammes qui ont ravagé Notre-Dame sont associées de manière symbolique à l’oeuvre de destruction de la France qui est menée par nos gouvernants actuels : destruction de sa langue, à laquelle Macron préfère une novlangue inclusive truffée d’anglicismes ; destruction de son unité, victime de la mise en opposition systématique des « premiers de cordée » et de « ceux qui ne sont rien », mais aussi du multiculturalisme ; destruction de sa force industrielle, au travers de la privatisation d’Aéroports de Paris, de la Française des Jeux, demain de nos barrages hydroélectriques ; destruction de notre souveraineté nationale, au travers de la poursuite d’une chimérique souveraineté européenne ; destruction de notre état de droit au travers de mesures liberticides ; etc.

Cet incendie-là, malheureusement, est loin d’être éteint, et les pyromanes sont toujours aux commandes.