Archives pour la catégorie intelligence artificielle

Comment parle un robot ?

Dans cette vidéo, Sridhar Raghawan et Roberto Pieraccini, de l’équipe de développement de Jibo, nous expliquent les enjeux de la production de parole par leur robot. Si vous ne connaissez pas Jibo, ses concepteurs le présentent comme le premier robot social à destination du foyer. Le projet a obtenu près de 4 millions de dollars en financement participatif sur la plate-forme Indiegogo, avant de lever 25 millions de dollars auprès de capitaux-risqueurs en janvier dernier.

Parmi les explications que j’ai trouvées particulièrement intéressantes dans cette vidéo, il y a le fait que Jibo mette de l’émotion dans sa parole. Le robot doit être capable d’exprimer de la surprise, de la colère, du regret, etc., au travers de différentes intonations. Cela complique singulièrement la tâche des développeurs.

Mais surtout, les deux ingénieurs expliquent en particulier que Jibo parle à partir de texte. Quand on lui pose une question comme « quel temps fera t-il demain ? », Jibo va d’abord constituer une réponse sous forme de texte. Ensuite, un logiciel de synthèse vocale (TTS ou Text-to-Speech) va convertir ce texte en parole.

Autrement dit, Jibo ne parle pas du tout à la manière d’un être humain, puisque sa parole passe par la production intermédiaire de texte. Le robot s’exprime par la voix à la manière d’un être humain, mais le processus permettant cette expression est totalement différent de ce qu’il est chez nous.

Cela me paraît important de le souligner : les robots vont se comporter de manière de plus en plus humaine en apparence, mais leur intelligence est tout autre que la nôtre.

 

Visite à l’atelier Aldebaran

Aldebaran Robotics est une pépite d’origine française (rachetée en février 2015 par la banque japonaise Softbank), pionnière de la robotique humanoïde depuis 2005. A Issy-les-Moulineaux, le siège de l’entreprise abrite environ 300 personnes, concevant des robots compagnons tels que Nao et Pepper, ainsi que le « concept-robot » Romeo. Si l’entreprise fondée par Bruno Maisonnier a des bureaux à Boston et à Shanghai, toute la R&D est faire en France. Aldebaran a eu la bonne idée d’ouvrir dans ses locaux isséens un Atelier, où le grand public peut venir se familiariser avec les robots.

J’ai eu le plaisir d’y aller avec mon plus grand fils, le 5 août dernier. Nous avons pu interagir avec le petit Nao, qui nous a fait une démonstration de TaiJi et avec qui nous avons joué au pendu. Nous avons également interagi avec Pepper, robot commercialisé au Japon pour de l’accueil client ou de la démonstration produit. Je retiens de cette expérience une impression étonnante : au bout d’une à deux minutes, j’ai vraiment eu l’impression d’avoir affaire à un interlocuteur, et non à une simple machine.

Je vous recommande de faire le test !

Ray Kurzweil et moi

Je suis en train de lire The Age of spiritual machines de Ray Kurzweil et j’y trouve beaucoup de plaisir. Dans cet ouvrage, il démontre pourquoi l’avènement de machines dépassant largement l’intelligence humaine est inéluctable, et dans un avenir proche. Il se penche en détail sur la question de la conscience des machines. Longtemps, j’ai pensé que des machines existeraient un jour avec une intelligence de type humain, avec lesquelles on pourrait converser, des machines ressemblant à s’y méprendre à des êtres humains. C’est d’ailleurs à ce stade que, selon Alan Turing, on pourra parler de machines intelligentes. Mais je pensais que ces machines seraient purement « mécaniques » et que tout ce que l’on pourrait constater, c’est qu’elles sont intelligentes. Il me semblait qu’on ne pourrait pas affirmer qu’elles sont conscientes, notamment d’elles mêmes.

Aujourd’hui, à la lecture de Kurzweil, je me rends compte que c’est la même chose pour mes interlocuteurs humains. Puis-je dire qu’ils sont conscients ? Qu’est-ce que j’en sais, après tout ? La conscience est une expérience purement subjective. Je peux dire que je suis conscient mais je ne peux pas affirmer que vous qui me lisez l’êtes aussi.

La conscience n’est pas quelque chose d’observable. Et Kurzweil de citer Leibniz qui explique qu’en observant un cerveau en train de penser, on pourra en détailler toute la « mécanique » mais que l’on observera pas ses pensées. Aujourd’hui, on pourrait dire que l’on pourra peut-être observer les manifestations électromagnétiques de la pensée mais pas la pensée elle-même.

Ce qui vaut pour les êtres humains aujourd’hui vaudra demain pour les machines. Cela m’amène à deux réflexions. La première, c’est que, lorsque quelqu’un me parle, je fais l’hypothèse qu’il est conscient et conscient le lui-même. Mais c’est une croyance de ma part. Je m’aperçois donc que j’ai des croyances, que je suis « croyant ». Et cette prise de conscience (c’est le cas de le dire) n’est pas rien pour un sceptique comme moi !

La deuxième, c’est que je suis d’accord avec le pronostic de Kuzweil qui annonce que « prochainement » des machines très évoluées nous diront qu’elles sont conscientes d’elles-mêmes…et que nous les croirons. Moi aussi, j’anticipe le fait que je les croirai. L’idée fantaisiste selon laquelle, un jour, des machines réclameront des droits, du respect personnel, n’est finalement pas si fantaisiste que cela.

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? » se demandait Lamartine. Pas tout à fait encore. Mais cela ne saurait tarder. Et ce jour-là, il faudra vous respecter en tant que personnes.