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Des langues vivantes si loin, si proches

homme globe
homme globe

Comment des langues qui se sont épanouies dans des berceaux de civilisation distants de milliers de kilomètres peuvent-elles partager des points communs non seulement en matière de vocabulaire, mais aussi de grammaire ?

Ainsi, pourquoi les sonorités de « maman » en français, 妈妈 (« mama ») en chinois ou même أمي (« ‘umi ») en arabe sont-elles si apparentées ?

Pourquoi les Français apprennent-ils à dire « papa » dès le plus jeune âge, les Russes папа (« papa ») et les Chinois 爸爸 (« baba ») ?

Les similitudes grammaticales sont encore plus incroyables.

Ainsi, dans un groupe d’Anglais, un individu pourra lancer une invitation collective à faire quelque chose par une tournure du type :

let’s watch a movie

(« regardons un film »)

let’s est la forme contractée de let us et :

let = « laisser, laisser faire, permettre »

us = « nous »

watch = « regarder »

a movie = « un film »

Et que dirait un Chinois ?

Il dirait :

让我们看一部电影。

(« rang wo men kan yi bu dian ying »)

Or :

让 = « laisser »

我们 = « nous »

看= « regarder »

一部电影 = « un film »

Autrement dit, les Chinois comme les Anglais utilisent une tournure du type : laisser + nous + action pour traduire le fait qu’un individu lance une invitation collective à faire quelque chose à l’intérieur d’un groupe (l’impératif présent avec « nous » en français).

Comment des civilisations aussi éloignées que celles des Anglais et des Chinois ont-elles pu aboutir à la même structure ?

Faut-il voir dans ces similitudes linguistiques une trace de l’universalité de certains traits de la pensée humaine ?

Quand des chercheurs en neurosciences arrivent à la même conclusion que Bergson

Henri Bergson
Henri Bergson

Lu dans Sciences&Vie n°1216 de janvier 2019 : « Le cerveau perçoit les outils comme des prolongements du corps ». L’article est repris en partie en ligne :

« Si nous avons tant de facilité à utiliser un stylo, un tournevis ou un joystick, c’est parce que notre cerveau les perçoit comme des organes à part entière, ont découvert des neurologues français.

Qu’est-ce qui fait de l’homme un si excellent utilisateur d’outils ? Sa capacité à les considérer comme des organes propres, répond l’équipe du Centre de recherche en neurosciences de Lyon dirigée par Alessandro Farnè. Notre cerveau s’avère même capable d’en extraire une riche information sensorielle. »

Bergson ne disait pas autre chose. Ainsi, dans Les deux sources de la morale et de la religion, il écrivait, en 1932 :

« Si nos organes sont des instrument naturels, nos instruments sont par là même des organes artificiels. L’outil de l’ouvrier continue son bras ; l’outillage de l’humanité est donc un prolongement de son corps. »


La vision du philosophe rejoint donc la découverte expérimentale du scientifique.