Archives pour la catégorie Politique

Allô, Jupiter ? Ici, la Terre !

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Dans l’article du jour
« Forces et faiblesses du leadership d’Emmanuel Macron » ,
écrit :

« Le retour d’une présidence «jupitérienne» s’accompagne dans l’opinion d’un sentiment d’inquiétude, d’éloignement et de distance »

Il rappelle qu’Emmanuel Macron aimait, au cours de la campagne, à faire référence au style présidentiel du Général de Gaulle ou de François Mitterrand.

Dès les premiers jours de sa présidence, Emmanuel Macron s’est en effet attaché à renouer avec la pompe et un certain style monarchique.

Le problème, c’est que, dans le même temps, on n’a pas le sentiment qu’il soit le président de tous les Français.

Déjà, il a été élu davantage par défaut que par adhésion, face à Marine Le Pen.

Ensuite, il ne cesse lui-même de classer les Français en deux catégories : ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien.

Il n’y a guère que sa langue qui soit inclusive envers « celles et ceux » qui l’écoutent.

Avec Emmanuel Macron, on a donc la distance, la majesté, une certaine forme d’autorité, mais sans le rassemblement, la protection, la prise en compte de tous les Français.

Comment s’étonner, dès lors, que sa popularité soit en berne, six mois après son élection ?

« Allô, Jupiter ? On a un problème. »

Les bons principes du socle commun de connaissances, de compétences et de culture

Le Ministère de l’Education Nationale fait un gros effort de communication et d’explication sur la réforme du collège et des programmes. Cela est fort utile et louable, dans un contexte où l’école est bien souvent instrumentalisée à des fins politiques. Diversions, contre-vérités et polémiques stériles obscurcissent trop fréquemment le débat.

A ce titre, l’infographie présentant le « socle commun de connaissances, de compétences et de culture » et les vidéos associées sont très bien faites.

Le socle commun de connaissances, de compétences et de cultures

La structuration des domaines et leur contenu sont bien pensés :

  • les langages pour penser et communiquer
  • les méthodes et outils pour apprendre
  • la formation de la personne et du citoyen
  • les systèmes naturels et les systèmes techniques
  • les représentations du monde et l’activité humaine

Concernant les langages, on se réjouira de l’introduction des langages informatiques. Dans les années qui viennent, la frontière entre l’homme et la machine va devenir de plus en plus floue, et il est bon de comprendre comment une machine fonctionne pour ne pas les confondre. Un homme et une machine sont différents. Cela paraît évident aujourd’hui. Mais cela le sera peut-être moins demain. Réjouissons-nous que le gouvernement actuel pose pour une fois les bases d’une bonne compréhension de l’altérité.

Juste une interrogation sur la place de l’apprentissage des langues régionales. Pour ma part, je pense que l’on ne saurait pas mettre sur le même plan la langue française, les langues des autres nations, et les langues régionales. Celles-ci font partie du patrimoine culturel de la France et devraient être, à mon sens, abordées en tant que telles, et non comme véhicules de communication ayant la même force que le français.

Une autre remarque sur « les représentations du monde et l’activité humaine ». Dans la vidéo de présentation, Michel Lussault met l’accent sur l’aspect culturel et artistique. C’est important, mais je m’interroge sur la conception sous-jacente de l’enseignement de l’Histoire. Celle-ci a une dimension politique éminente. Elle est agie par des rapports de force, des rivalités, des coopérations aussi. Il me paraît essentiel que cette dimension soit bien mise en évidence.

Enfin, le bloc qui me paraît le plus ardu à l’heure actuelle est celui sur « la formation de la personne et du citoyen ». Gare à l’angélisme en la matière ! Je doute que les valeurs de la République soient universellement acceptée dans toutes les familles. Dans mon entourage proche, des Français mettent leur appartenance à la France au second plan par rapport à leurs convictions religieuses, ne croient pas en la démocratie comme un mode d’organisation réellement efficace, et affichent ces convictions. Ne partons donc surtout pas du principe que les conceptions républicaines classiques sont des acquis pour tous.

 

La liberté d’expression n’est pas le droit à l’insulte

Après quelques jours de recul, il devient possible de dissiper la brume de l’incompréhension et d’analyser ce que révèlent les événements récents.

Arrêtons-nous sur l’expression « Je suis Charlie ». Elle pose une identité entre « Je » et « Charlie ». Les millions de personnes qui ont scandé ce mantra en ont-elles bien conscience ?

Car Charlie Hebdo n’a pas le monopole de la liberté d’expression. Pour défendre cette dernière, d’autres héros existent. A quand un tirage à 5 millions d’exemplaires des albums de Reporters sans frontière pour la liberté de la presse ?

Poser une identité entre « Je » et « Charlie » pose problème. Car ces dernières années, Charlie Hebdo s’est surtout illustré, il est vrai, par ses provocations à l’encontre des musulmans et de l’Islam (même si les chrétiens en ont pris pour leur grade aussi).

Pour ma part, je ne veux pas qu’il y ait d’identité entre moi et l’insulte à l’encontre des musulmans et de l’Islam. Je ne suis donc pas Charlie.

Le succès impressionnant du slogan « je suis Charlie » est révélateur de la crise que nous traversons. Puisse-t-il ne pas l’aggraver tant il me semble reposer sur une double erreur d’appréciation, de nature éthique et politique.

Thibaud Collin

Le problème va au-delà de la religion. C’est la question de l’insulte qui est en jeu. Une anecdote personnelle : en 1993, alors que j’étais en prépa HEC à Louis-le-Grand, un étudiant avait ramené dans la classe un exemplaire de Charlie Hebdo, au lendemain de la victoire de la droite aux législatives. Je me souviens encore du titre, qui m’avait profondément choqué : « le retour des vieilles merdes qui puent. »

De sensibilité de droite, j’y avais vu une insulte.

Depuis une semaine, on entend et on lit partout « Je suis Charlie », sans que l’on sache bien au juste ce que les gens mettent derrière ce mot. C’est une forme de schtroumphisation du mot « Charlie » : on l’utilise comme bouche-trou, en substitut d’un mot qui serait plus approprié.

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » disait Camus.

Ce que j’ai envie de défendre, pour ma part, ce n’est pas le droit à l’insulte. Ce n’est pas quelque chose de vague comme « charlieschtroumpf ». C’est bien plutôt :

  • la liberté d’expression
  • le respect de la vie humaine
  • la foi dans une divinité qui s’exprime avec plus de force dans une « brise légère » que dans le feu des kalachnikovs.

« Chacun a non seulement la liberté, le droit, mais aussi l’obligation de dire ce qu’il pense pour aider au bien commun. Il est légitime d’user de cette liberté mais sans offenser. Il y a tant de gens qui parlent mal des autres religions, les tournent en dérision, font un jouet de la religion des autres : ce sont des gens qui provoquent. »

Pape François

Les censures sont nombreuses en France.  Mon militantisme politique m’en a fait prendre conscience.  Certaines idées déplaisent à l’establishment, et n’ont pas droit de cité dans les médias. C’est là, pour ma part, que je veux placer mon combat pour la liberté d’expression.

Alors, moi aussi, je dis « Non ! » à l’amalgame. Non à l’amalgame entre liberté d’expression et insulte.

Prenons garde à ne pas défendre aveuglément l’insulte, de peur de perdre le droit à l’insolence. Sinon, on ne pourra bientôt plus rire de rien. C’est ce qu’illustre malheureusement le refus de l’affiche de Patrick Timsit par JC Decaux :

L'affiche refusée par JC Decaux
L’affiche refusée par JC Decaux

Et pourtant, cette affiche… Elle n’insultait personne.

Et maintenant, la surveillance

Manuel Valls, ce matin, sur BFMTV : « il y a un esprit du 11 janvier », faisant le parallèle implicite avec le 11 septembre.

Manuel Valls, toujours : « nous devons tout faire pour assurer notre sécurité ».

Dans le même registre, Valérie Pécresse :

Plus que jamais, nous devons défendre notre vie privée ! N’oublions pas la phrase de Benjamin Franklin :

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. »

 

Qui est gaulliste ?

Le général de Gaulle
Le général de Gaulle

Certains hommes politiques se qualifient eux-mêmes de gaullistes, et inscrivent leur formation dans le gaullisme. C’est le cas, par exemple, de Nicolas Dupont Aignan et de son parti, Debout la République.  Quelle que puisse être la sincérité de Nicolas Dupont Aignan, je désapprouve, pour ma part, ce genre de revendication.

Le général de Gaulle est un personnage historique, dépassant de beaucoup tous nos politiciens actuels. Il a vécu à une certaine époque. Le monde était différent. Se dire « gaulliste » aujourd’hui me paraît présomptueux. Face aux enjeux du monde actuel, que dirait, que ferait un général de Gaulle ?

Je trouve aussi que qualifier son propre engagement, et par incidence, ses propositions, de gaullistes, tend par contrecoup à enfermer le Général dans un « concept » : le gaullisme. Pas sûr que le grand Charles apprécierait d’être affublé d’une étiquette, d’être ramené à une case sur l’échiquier politique. Autrement dit, se réclamer du gaullisme me paraît réaliser une réduction du Général à un simple précipité, comme on dit en chimie : un concept, une idéologie, un « -isme ».  Selon moi, le général de Gaulle lui-même n’était pas gaulliste, il transcendait les idéologies, les partis, avec une « certaine idée de la France ».

Enfin, un parti ouvertement gaulliste me paraît opérer une tentative de confiscation, de privatisation de la pensée du général de Gaulle. « Le gaullisme, c’est moi ». Non, le gaullisme, ce n’est personne. Cela n’existe pas. Ce qui existe, c’est un exemple, une inspiration, voire un modèle : le général de Gaulle.

A chaque époque, ses héros. Le monde d’aujourd’hui a besoin de nouveaux héros, singuliers, inédits, pour répondre aux enjeux d’aujourd’hui, avec conviction et pragmatisme en même temps. C’est sûrement ce que le Général ferait, lui.