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Glissements de terrain

« It’s the economy, stupid! » lançait jadis un Bill Clinton inspiré en campagne contre George Bush.

En effet, on pourrait penser qu’en période de crise, tout gouvernement accorderait la primauté à l’amélioration de la situation économique.

Naïvement, on pourrait même s’attendre à ce qu’un Président issu de la gauche se concentre en priorité sur le sort des classes populaires et des classes moyennes.

Mais en France, où le taux de chômage flirte avec les 10% et où les inégalités ne cessent de s’amplifier, rien de tout cela. La priorité est donnée à la « transition écologique », prétexte à un alourdissement de la pression fiscale sur les moins favorisés.

C’est que la gauche, en France, est adepte des glissements de terrain.

La gauche façon Hollande a laissé tomber les classes populaires et moyennes pour faire du sociétal.

Faute de pouvoir améliorer la situation sur le terrain économique, la « gauche » mode Macron utilise un autre écran de fumée : l’écologie.

Tout ceci trompe de moins en moins de monde. Rien d’étonnant dès lors que les Français ne se laissent pas berner par le dernier discours présidentiel.

L’arrivée d’Emmanuel Macron a constitué un tremblement de terre politique. Il pourrait bien être renversé par un tsunami populaire.

5 millions de « millionnaires » en France. Et alors ?

Selon une étude du Crédit Suisse, il y aurait en France 2,147 millions de ménages possédant un patrimoine dépassant un million de dollars.

Compte tenu du fait que la taille moyenne d’un ménage s’établit aujourd’hui autour de 2,2 personnes, on peut estimer, toutes choses étant égales par ailleurs, que 4,8 millions de personnes vivent en France dans des foyers millionnaires.

Vu qu’au 1er janvier 2018, la population française se montait à près de 68 millions d’habitants, cela veut dire que 7% des habitants en France vivent dans des foyers millionnaires.

Toutefois, la richesse de ces habitants doit être relativisée par le fait qu’elle s’explique probablement en bonne partie par la flambée de l’immobilier, ces dernières années. L’entrée dans le club des millionnaires s’explique, pour nombre de ses nouveaux membres, par l’appréciation de leur patrimoine immobilier. Elle n’est donc pas le signe d’une amélioration substantielle de leur qualité de vie.

Cet « enrichissement » n’apporte rien non plus à l’économie : il n’est ni créateur d’emplois, ni créateur d’activité.

Cette statistique du Crédit Suisse n’est donc pas tellement significative. Elle marque les esprits, mais sur un plan purement symbolique.

Allô, Jupiter ? Ici, la Terre !

jupiter-macron
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Dans l’article du jour
« Forces et faiblesses du leadership d’Emmanuel Macron » ,
écrit :

« Le retour d’une présidence «jupitérienne» s’accompagne dans l’opinion d’un sentiment d’inquiétude, d’éloignement et de distance »

Il rappelle qu’Emmanuel Macron aimait, au cours de la campagne, à faire référence au style présidentiel du Général de Gaulle ou de François Mitterrand.

Dès les premiers jours de sa présidence, Emmanuel Macron s’est en effet attaché à renouer avec la pompe et un certain style monarchique.

Le problème, c’est que, dans le même temps, on n’a pas le sentiment qu’il soit le président de tous les Français.

Déjà, il a été élu davantage par défaut que par adhésion, face à Marine Le Pen.

Ensuite, il ne cesse lui-même de classer les Français en deux catégories : ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien.

Il n’y a guère que sa langue qui soit inclusive envers « celles et ceux » qui l’écoutent.

Avec Emmanuel Macron, on a donc la distance, la majesté, une certaine forme d’autorité, mais sans le rassemblement, la protection, la prise en compte de tous les Français.

Comment s’étonner, dès lors, que sa popularité soit en berne, six mois après son élection ?

« Allô, Jupiter ? On a un problème. »

La liberté d’expression n’est pas le droit à l’insulte

Après quelques jours de recul, il devient possible de dissiper la brume de l’incompréhension et d’analyser ce que révèlent les événements récents.

Arrêtons-nous sur l’expression « Je suis Charlie ». Elle pose une identité entre « Je » et « Charlie ». Les millions de personnes qui ont scandé ce mantra en ont-elles bien conscience ?

Car Charlie Hebdo n’a pas le monopole de la liberté d’expression. Pour défendre cette dernière, d’autres héros existent. A quand un tirage à 5 millions d’exemplaires des albums de Reporters sans frontière pour la liberté de la presse ?

Poser une identité entre « Je » et « Charlie » pose problème. Car ces dernières années, Charlie Hebdo s’est surtout illustré, il est vrai, par ses provocations à l’encontre des musulmans et de l’Islam (même si les chrétiens en ont pris pour leur grade aussi).

Pour ma part, je ne veux pas qu’il y ait d’identité entre moi et l’insulte à l’encontre des musulmans et de l’Islam. Je ne suis donc pas Charlie.

Le succès impressionnant du slogan « je suis Charlie » est révélateur de la crise que nous traversons. Puisse-t-il ne pas l’aggraver tant il me semble reposer sur une double erreur d’appréciation, de nature éthique et politique.

Thibaud Collin

Le problème va au-delà de la religion. C’est la question de l’insulte qui est en jeu. Une anecdote personnelle : en 1993, alors que j’étais en prépa HEC à Louis-le-Grand, un étudiant avait ramené dans la classe un exemplaire de Charlie Hebdo, au lendemain de la victoire de la droite aux législatives. Je me souviens encore du titre, qui m’avait profondément choqué : « le retour des vieilles merdes qui puent. »

De sensibilité de droite, j’y avais vu une insulte.

Depuis une semaine, on entend et on lit partout « Je suis Charlie », sans que l’on sache bien au juste ce que les gens mettent derrière ce mot. C’est une forme de schtroumphisation du mot « Charlie » : on l’utilise comme bouche-trou, en substitut d’un mot qui serait plus approprié.

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » disait Camus.

Ce que j’ai envie de défendre, pour ma part, ce n’est pas le droit à l’insulte. Ce n’est pas quelque chose de vague comme « charlieschtroumpf ». C’est bien plutôt :

  • la liberté d’expression
  • le respect de la vie humaine
  • la foi dans une divinité qui s’exprime avec plus de force dans une « brise légère » que dans le feu des kalachnikovs.

« Chacun a non seulement la liberté, le droit, mais aussi l’obligation de dire ce qu’il pense pour aider au bien commun. Il est légitime d’user de cette liberté mais sans offenser. Il y a tant de gens qui parlent mal des autres religions, les tournent en dérision, font un jouet de la religion des autres : ce sont des gens qui provoquent. »

Pape François

Les censures sont nombreuses en France.  Mon militantisme politique m’en a fait prendre conscience.  Certaines idées déplaisent à l’establishment, et n’ont pas droit de cité dans les médias. C’est là, pour ma part, que je veux placer mon combat pour la liberté d’expression.

Alors, moi aussi, je dis « Non ! » à l’amalgame. Non à l’amalgame entre liberté d’expression et insulte.

Prenons garde à ne pas défendre aveuglément l’insulte, de peur de perdre le droit à l’insolence. Sinon, on ne pourra bientôt plus rire de rien. C’est ce qu’illustre malheureusement le refus de l’affiche de Patrick Timsit par JC Decaux :

L'affiche refusée par JC Decaux
L’affiche refusée par JC Decaux

Et pourtant, cette affiche… Elle n’insultait personne.

Et maintenant, la surveillance

Manuel Valls, ce matin, sur BFMTV : « il y a un esprit du 11 janvier », faisant le parallèle implicite avec le 11 septembre.

Manuel Valls, toujours : « nous devons tout faire pour assurer notre sécurité ».

Dans le même registre, Valérie Pécresse :

Plus que jamais, nous devons défendre notre vie privée ! N’oublions pas la phrase de Benjamin Franklin :

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. »

 

Un coeur bien ordonné

L’attaque meurtrière de Charlie Hebdo a provoqué la mort de 12 êtres humains.

Rien ne peut justifier ces meurtres. R-I-E-N.

Demain, il sera temps d’analyser les causes. Mais pour l’instant, l’heure doit être à la condamnation totale et sans équivoque.

Ceux qui enjambent cette étape et tentent tout de suite d’expliquer font preuve de trop d’intelligence.