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Et le hasard, bordel !

 

Œuvre d’Amélie Juillard

Les Echos du 11 septembre 2014 nous présentent la statup Ciggo. Celle-ci permet à des voyageurs de se mettre en relation avec d’autres, sur le même train, avant le départ, pour participer à des mini réunions.

Brillante idée pour occuper ses trajets ! Cette initiative n’est pas sans rappeler celle d’une autre startup, Train d’union, qui permettait une mise en relation entre voyageurs, il y a quelques années.

D’un côté, cette offre est géniale. Elle permet d’utiliser le temps de trajet intelligemment. D’un autre côté, je me dis que le voyage, c’est aussi la découverte, l’inconnu. Pas seulement le voyage lointain. Même un voyage professionnel banal peut être marqué par des rencontres surprenantes, qui peuvent parfois décider d’une vie.

Le Web 2.0, les médias sociaux, le mobile, sont des inventions remarquables, sans conteste. Mais elles relèguent de plus en plus le hasard à la portion congrue dans nos vies.

Or, on découvre aussi par sérendipité, sans forcément chercher quelque chose de précis.

Moins on laisse de place au hasard, plus on maîtrise chaque instant de sa vie, plus on est libre, d’une certaine façon. Mais d’un autre point de vue, on arrive à une conception de la vie comme un mécanisme dans lequel il n’y aurait plus de jeu, dans le double sens du terme.

Or, c’est dans le jeu que peut se loger la liberté.

L’un des cofondateurs de Ciggo déclare avoir eu l’idée du site à l’occasion d’un voyage : « Un jour où je prenais le TGV de Charleville-Mézières à Paris, je ne savais pas comment occuper mon temps de trajet (1 h 45). »

En d’autres termes, il risquait de s’ennuyer.

Mais risquer de s’ennuyer, c’est déjà risquer quelque chose. Et qui sait les fruits délicieux que peut, peut-être, porter le risque ?

Du socialisme au sociétisme

Lu dans le Point daté du 30 janvier 2014, cette prise de recul du psychanalyste Michel Schneider :

« Dernière lubie d’un socialisme devenu sociétisme par sa volonté de révolutionnner les rapports de vie privée faute de réformer la chose publique, la suppression dans les Codes de l’expression bon père de famille« . Pensez ! une triple horreur, le bon qui ne serait pas le monopole des femmes, les pères, ces antiques despotes, et la famille, un archaïsme qu’il faut déconstruire. »

Ou quand un pouvoir politique est impuissant à gouverner, il entend régenter le domicile.

Et si on arrêtait de gaspiller l’énergie… sur Internet ?

 

Atomic gas
Atomic gas Creative commons : Dr.monster

Xavier de La Porte signe sur Rue 89 un papier intitulé « Décroissance : commençons par ne pas faire de recherche Google inutile ». Je ne suis pas un adepte de la décroissance : je ne crois pas que l’on doive se résoudre à vivre moins bien, à être moins riche, pour que la Terre dans son ensemble se porte mieux. Mais l’article donne une série de bons conseils (de bon sens) pour réduire la consommation énergétique inutile liée à Internet :

« changer nos usages : ne pas envoyer d’e-mails inutiles (c’est-à-dire parler à son voisin de bureau, ne pas mettre dix personnes en copies de nos mails ou forwarder à un tout un groupe une vidéo super lourde), ne pas passer par Google pour aller sur un site, mais taper directement l’adresse ou l’avoir inscrit dans les favoris, télécharger plutôt que regarder en streaming »

Et que d’énergie gaspillée, à l’échelle du monde, à tripoter nerveusement son portable dans le métro, dans la salle d’attente, à liker ou retweeter une « information » finalement sans importance. Eh oui, la cyberdépendance a un coût énergétique.

Et si nous utilisions mieux les possibilités infinies que nous donne l’Internet et l’Internet mobile en particulier ? Pour augmenter notre maîtrise sur nous-mêmes et sur notre environnement, plutôt que d’être esclave de la technologie.

Sai weng shi ma – Bonheur et malheur cachés

塞翁失马 - Sai weng shi ma
塞翁失马 – Sai weng shi ma

« Sai weng shi ma » (塞翁失马) est une expression du langage courant que tous les Chinois connaissent. Littéralement, elle se traduit par « Le vieux Sai perd son cheval ».  Elle est tirée d’une célèbre légende chinoise, dont vous trouverez une transcription ci-dessous.

Il y avait un vieil homme, à l’époque des Royaumes combattants, que l’on appelait le vieil homme de la frontière. Il élevait beaucoup de chevaux. Un jour, l’un d’entre eux s’enfuit du groupe. Lorsqu’ils l’apprirent, les voisins du vieil homme vinrent le réconforter, en disant qu’il était un homme d’un age vénérable et qu’il ne devait pas miner sa santé en se faisant du souci à cause de la perte d’un cheval. Ce à quoi le vieil homme de la frontière répondit, avec un sourire ingénieux : « ce n’est pas une lourde perte. Qui sait ? C’est peut-être même une bénédiction cachée… »

Les villageois se sont un peu moqués lorsqu’ils ont entendu ces paroles. La perte d’un cheval ne pouvait vraiment pas être considérée comme une bonne chose. Ces propos ne pouvaient être qu’une façon pour le vieil homme de se consoler. Et pourtant… Quelques jours plus tard, le cheval fugitif revint. Et il ne revint pas seul, mais accompagné d’un autre magnifique cheval.
Quand ils apprirent que le cheval perdu était revenu, les voisins furent très surpris de la brillante clairvoyance du vieil homme. Ils le félicitèrent, en disant que la perte du cheval était bien une bénédiction cachée, qui s’était avérée très fructueuse. Mais le vieil homme avait l’air anxieux et il dit : « gagner un beau cheval sans travailler pourrait m’apporter bien des malheurs. » Les voisins se dirent qu’il se mentait à lui-même. Sûrement, il était heureux d’avoir gagné un autre cheval, et il ne voulait pas le montrer pour paraître modeste.

Il se trouve que le vieillard avait un fils unique, grand amateur de promenades en cheval. Ce garçon avait pris l’habitude de monter le nouveau cheval, avec un grand plaisir, car c’était vraiment une excellente monture. Malheureusement, un jour, il fit une chute et se cassa une jambe. Les villageois vinrent encore une fois dans la maison du vieux monsieur pour le consoler. Mais le vieil homme se contenta de dire : « peut-être que c’est une bénédiction cachée. » Les voisins se dirent encore une fois que ce n’étaient que les divagations d’un vieil homme. Clairement, une jambe cassée ne pouvait nullement être une bénédiction.

Tout ceci s’est passé peu de temps avant que les tribus du Nord ne lancent leur grande invasion sur les régions frontalières. Beaucoup de jeunes gens furent enrôlés dans l’armée, mais pas le fils du vieil homme de la frontière, parce qu’il était handicapé. Beaucoup des jeunes soldats moururent, seul le fils du vieil homme survécut.

Moralité : un coup de chance peut se révéler après coup un malheur, et un malheur peut finalement apporter de bonnes choses.

Est-il raisonnable de faire confiance aux déclarations d’une entreprise pour protéger notre vie privée ?

Données personnelles et entreprises
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La question posée par Numerama à l’occasion de la sortie de l’iPhone 5s à lecteur d’empreinte digitale mérite qu’on s’y arrête.

Apple jure ses grands dieux que les données biométriques restent stockées dans le téléphone et ne sont jamais communiquées vers l’extérieur.

Certes, mais pour les consommateurs, la technologie du téléphone mobile reste une boîte noire : comment savoir ce qui s’y passe réellement ?

Quant à la crédibilité des géants américains du high-tech (Apple, Microsoft, Google, Facebook), le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle en a pris un coup depuis l’affaire Prism.

  • Alors, quand une société de location de bureaux me demande mon empreinte pour que je puisse accéder au bureau 24/24, en m’assurant que ces données ne sont communiquées à personne, je décline la proposition.
  • Quand Twitter me propose de partager mon carnet d’adresses pour qu’ils regardent si j’ai des amis Twittos, en me promettant qu’ils jettent juste un coup d’oeil puis qu’ils oublient tout, je me méfie.
  • Quand Apple me dit que mes données biométriques resteront stockées dans le téléphone, désolé, je n’ai pas confiance.

Autrement dit, je suis d’accord avec Johannes Caspar, patron de la CNIL allemande, cité par Numerama : « Fournir une spécificité biométrique non-modifiable pour aucune autre raison que parce qu’elle apporte ‘un peu de confort’ dans l’utilisation quotidienne, est et de stupide« 

Le Pen au pouvoir : la menace d’un régime autoritaire (totalitaire ?)

Marine Le Pen
Marine Le Pen – Creative Commons : Marie-Lan Nguyen

Marine Le Pen a déclaré aux Universités d’été du Front National : « je retirerai au Parlement son pouvoir constituant, qui sera désormais l’apanage exclusif du peuple. »

Dans le même temps, Le Monde rappelle qu’une révision des institutions par le Front National mettrait le référendum au centre de tout.

Par quelle voie le « peuple » s’exprimerait-il pour réformer la Constitution ? Probablement par référendum, sur des propositions du Président (de la Présidente).

Et si Madame Le Pen proposait au peuple, au vu de circonstances présentées comme dramatiques, de suspendre la constitution ? Sans aller jusque là, que se passerait-il si, à coup de référendums, elle rognait progressivement les autres prérogatives du parlement, jusqu’à le priver de tout pouvoir réel ? L’article 16 de la Vème République, si souvent critiqué, semblerait de la gnognotte à côté d’un tel virage autoritaire.