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Génération Y ou comment on peut très bien être sociable et fan de World of Warcraft

World of WarcraftQuand on est au milieu de la trentaine avec dix ans d’expérience professionnelle derrière soi, on n’est pas forcément encore un vieux con, mais on n’est plus non plus un jeunot. L’avantage de cette position équilibrée, c’est que l’on peut regarder ses aînés en se disant que, non, décidément, on ne sera jamais comme eux, et se pencher avec condescendance un regard plein de tendresse vers les stagiaires ou les jeunes embauchés.

En ce qui me concerne, j’ai eu la semaine dernière une conversation passionnante avec un collègue de 23 ans qui m’a appris une foule de choses sur World of Warcraft. Il m’a expliqué comment on pouvait y jouer en mode RP (role play) et l’étiquette que cela imposait : pas d’allusion au monde réel du joueur, immersion totale dans l’ambiance, façon de s’exprimer médiévale, etc.

Il m’a expliqué que lorque l’on joue à ce genre de jeu, on a une deuxième vie : on est quasi obligé de jouer tous les jours, sauf à perdre complètement le fil. Il a eu cette image édifiante : ne pas jouer tous les jours, c’est comme si dans la vie réelle, on ne vivait qu’un jour sur deux ; on ne comprendrait rien au monde. Pour un fan de Marcel Aymé tel que moi, cette phrase m’a immédiatement fait penser à la nouvelle « Le temps mort » où le pauvre Martin vit, justement, un jour sur deux.

Il m’a confié également que, lorsqu’il était étudiant, il pouvait y jouer 5 à 6 heures par jour, le week-end.

Pourquoi accrochait-il tant à cet univers ? Pour l’aspect communautaire. Il appréciait de retrouver sa « guilde ». C’est bien pour cela, selon lui, que les joueurs s’abonnent au service, bien plus que pour tuer des monstres.

Or, ce collègue est l’un des plus sociables de la boîte. C.Q.F.D. : l’univers des mondes permanents n’est pas un repaire d’associaux ou de déséquilibrés. Il y en a sûrement, mais ils ne sont pas représentatifs du phénomène. Moi qui ne joue pas à ces jeux et ne les connaît, finalement, que par la presse, j’ai pu me rendre compte du fossé entre l’image d’Epinal véhiculée au sujet des gamers et le discours d’un gamer véritable qui existe et que j’ai rencontré.

Surrogates (clones) ou la vie rêvée du corps

SurrogatesLe 28 octobre 2009 est sorti sur les écrans français Surrogates (dont le titre a été maladroitement adapté en français par Clones), film tiré de la série de comic books éponyme. L’action se passe en 2017 (2054 dans les livres). Dans ce futur pas si lointain, les individus restent chez eux jour et nuit ; ils travaillent, s’amusent, passent du temps avec les autres par l’intermédiaire de robots humanoïdes qu’ils pilotent par la pensée. Un vaste marché s’est organisé autour de cette technologie, dominé par une seule entreprise. L’intrigue se concentre sur l’enquête menée par un détective, Harvey Greer, au sujet de la destruction en pleine ville de plusieurs « clones » à l’aide d’une arme spéciale. De manière incompréhensible, cette destruction s’est accompagnée de la mort simultanée de leur « opérateur» (leur propriétaire). Le fabricant des clones essaie d’étouffer l’affaire, l’un de ses arguments commerciaux étant de permettre aux acheteurs de ses machines de vivre une vie extraordinaire « dans le confort et la sécurité de leur domicile », c’est-à-dire sans aucun risque.

Dans cette civilisation, les corps humains sont singulièrement absents : ce sont des machines qui se déplacent, se parlent, se touchent, font l’amour ensemble, téléguidées par leurs propriétaires à qui ils transmettent toutes leurs sensations. Pourtant, paradoxalement, il n’est question que du corps, qui brillant par son absence, en devient obsédant. Singulière vision du corps que celle que nous propose le film…Mais c’est bien celle qui se prépare dans les bureaux d’études et qui est en train d’être théorisée par tout un courant de pensée.

Le corps, source de tous les risques

En 2017, si les clones ont rencontré un tel engouement de la part des consommateurs, c’est en particulier parce qu’ils permettent de vivre « en toute sécurité ». A notre époque à nous, nous prenons des risques sitôt que nous mettons le nez dehors. Et si la solution était de ne plus sortir de chez soi ? Cela ne suffit pas car dès lors que l’on se lève, on est à la merci des faux pas de l’existence, le premier écueil étant de se lever du pied gauche ! Grâce aux clones, il n’est même plus besoin de se lever. Il suffit de rester allongé, des lunettes spéciales posées sur ses yeux fermés, pour voir tout ce que son clone voit, entendre et sentir tout ce qu’il entend et sent, et pour le contrôler. Dans cette conception, le corps est le maillon faible de la personne humaine, celui par lequel elle est vulnérable, la porte ouverte à tous les accidents, par laquelle la mort peut s’engouffrer à tout instant.

Le corps, objet de toutes les précautions

Parmi tous les avatars que peut prendre la personne (car rien n’empêche d’avoir plusieurs clones, comme on a plusieurs paires de chaussures), le corps est le plus vulnérable et en même temps le plus précieux. Il est le réceptacle de toutes les sensations transmises par les clones. Hors du corps, point de plaisir, même si les protagonistes du film vivent en permanence hors d’eux mêmes dans des machines. Le corps est donc un fardeau indispensable, dont on se passerait bien, mais que l’on entretien quand même a minima. C’est ce qu’illustre la scène dans laquelle Greer, allongé dans son fauteuil, pilote son clone pour lui apporter un verre d’eau.

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Technologies intellectuelles

En faisant des recherches sur l’intelligence artificielle, je suis tombé, par sérendipité, sur l’expression « technologies intellectuelles », reprise par Nicholas Carr dans un récent article. Nicholas Carr indique que l’expression a été utilisée par le sociologue Daniel Bell pour désigner les outils que nous avons inventés pour augmenter nos capacités mentales. Parmi ces technologies viennent à l’esprit la lecture et son corollaire l’écriture, mais aussi le calcul. Des démarches comportementales visant à augmenter l’efficacité personnelle comme les techniques d’organisation, de communication  ou d’interaction dans des groupes en sont, à mon avis, d’autres exemples.

Sans entrer dans la distinction entre technologie et technique, on conçoit que ces pratiques doivent être apprises, peuvent devenir comme une « seconde nature », mais ne sont pas instinctives. Elles ne sont pas inscrites naturellement dans notre développement cognitif, comme le langage. Nous ne sommes pas conçus génétiquement pour lire, compter, gérer le temps ou interagir de manière optimale dans des groupes.

Pourtant, si l’on prend l’exemple de l’écriture et de la lecture, on est fasciné par le fait que ces apprentissages deviennent si intimement liés à nous que nous les pratiquons comme naturellement.

Des technologies visant à augmenter l’efficacité comportementale, et pas seulement intellectuelle, ne pourraient-elles pas être aussi utilement enseignées, comme faisant partie de l’ABC de l’être humain en devenir, au même titre que la lecture et le calcul ?

Je pense qu’elles devraient faire partie de l’enseignement de base proposé à tous. L’étude d’ouvrages comme « Getting things done » (David Allen), The Evolution of cooperation (Robert Axelrod) ou How to win friends and influence people (Dale Carnegie) , seraient à mon avis au moins aussi profitable aux jeunes en formation que l’étude des racines carrées ou de la triangularisation des matrices…

De la mort d’une Levalloisienne au Caire aux caméras de surveillance à Paris

Le rapport, me direz-vous, entre le décès tragique d’une jeune fille de 17 ans au Caire et le plan visant à installer 1000 caméras de surveillance supplémentaire à Paris d’ici 2011 ?

Très simple : la violence des attentats, qui paraissait lointaine, prend une nouvelle acuité pour vous lorsque vous apprenez que quelqu’un, dans votre ville, a été touché. La prise de conscience se fait plus forte que la planète est petite et que la violence et la souffrance des uns peuvent vite devenir la souffrance des autres.

Alors pour lutter contre l’insécurité et les menaces terroristes, la mairie de Paris soutient le plan d’installation de caméras de télésurveillance, dans l’indifférence quasi générale. Mais jusqu’où sommes-nous prêts à laisser s’installer des atteintes possibles à notre liberté (atteintes possibles, pas avérées néanmoins) pour garantir notre sécurité ?

Il y a bien des collectifs qui se constituent pour dénoncer ce plan. Mais d’un autre côté, ces opposants, que proposent-ils pour assurer notre sécurité ?

Comment extirper les racines de la violence, seul moyen que nous ayons de pouvoir continuer à vivre en paix ?

Ray Kurzweil et moi

Je suis en train de lire The Age of spiritual machines de Ray Kurzweil et j’y trouve beaucoup de plaisir. Dans cet ouvrage, il démontre pourquoi l’avènement de machines dépassant largement l’intelligence humaine est inéluctable, et dans un avenir proche. Il se penche en détail sur la question de la conscience des machines. Longtemps, j’ai pensé que des machines existeraient un jour avec une intelligence de type humain, avec lesquelles on pourrait converser, des machines ressemblant à s’y méprendre à des êtres humains. C’est d’ailleurs à ce stade que, selon Alan Turing, on pourra parler de machines intelligentes. Mais je pensais que ces machines seraient purement « mécaniques » et que tout ce que l’on pourrait constater, c’est qu’elles sont intelligentes. Il me semblait qu’on ne pourrait pas affirmer qu’elles sont conscientes, notamment d’elles mêmes.

Aujourd’hui, à la lecture de Kurzweil, je me rends compte que c’est la même chose pour mes interlocuteurs humains. Puis-je dire qu’ils sont conscients ? Qu’est-ce que j’en sais, après tout ? La conscience est une expérience purement subjective. Je peux dire que je suis conscient mais je ne peux pas affirmer que vous qui me lisez l’êtes aussi.

La conscience n’est pas quelque chose d’observable. Et Kurzweil de citer Leibniz qui explique qu’en observant un cerveau en train de penser, on pourra en détailler toute la « mécanique » mais que l’on observera pas ses pensées. Aujourd’hui, on pourrait dire que l’on pourra peut-être observer les manifestations électromagnétiques de la pensée mais pas la pensée elle-même.

Ce qui vaut pour les êtres humains aujourd’hui vaudra demain pour les machines. Cela m’amène à deux réflexions. La première, c’est que, lorsque quelqu’un me parle, je fais l’hypothèse qu’il est conscient et conscient le lui-même. Mais c’est une croyance de ma part. Je m’aperçois donc que j’ai des croyances, que je suis « croyant ». Et cette prise de conscience (c’est le cas de le dire) n’est pas rien pour un sceptique comme moi !

La deuxième, c’est que je suis d’accord avec le pronostic de Kuzweil qui annonce que « prochainement » des machines très évoluées nous diront qu’elles sont conscientes d’elles-mêmes…et que nous les croirons. Moi aussi, j’anticipe le fait que je les croirai. L’idée fantaisiste selon laquelle, un jour, des machines réclameront des droits, du respect personnel, n’est finalement pas si fantaisiste que cela.

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? » se demandait Lamartine. Pas tout à fait encore. Mais cela ne saurait tarder. Et ce jour-là, il faudra vous respecter en tant que personnes.

Un cas où PowerPoint fait vraiment gagner du temps…eh oui !

J’ai fait ce matin l’expérience de reprendre ma trousse d’écolier pour créer la maquette d’une page d’accueil de site Internet. Nous avons un graphiste qui peut mettre en forme proprement et joliment à partir d’un simple brouillon. L’idée lancée était de faire un brouillon rapide avec une feuille de papier et un crayon, de le scanner et de l’envoyer à notre graphiste qui fera des merveilles. C’est d’ailleurs plus ou moins la façon de procéder de cabinets de conseil prestigieux.

Je me suis vite aperçu de toutes les lenteurs et limites de l’approche papier-crayon. D’abord, j’écris lentement et mal, surtout depuis que j’utilise quotidiennement le clavier. Ensuite, la gomme ne permet pas d’effacer proprement et de reprendre plusieurs fois sans laisser des traces. C’est la croix et la bannière pour mettre des textes en couleurs : il faut autant de crayons que de couleurs souhaitées. J’ai même testé le copier coller manuel, avec de bons vieux ciseaux et un tube d’ Uhu Stick.

Bilan des courses : énorme perte de temps. Etant efficace sous PowerPoint, je vais reprendre ce logiciel pour faire mon brouillon, que j’enverrai au graphiste.

J’en tire la conclusion que, dans mon cas, l’approche papier-crayon n’est plus adaptée. Elle peut convenir à d’autres qui sont moins à l’aise avec PowerPoint. Elle garde quand même l’avantage de faire sortir la tête de l’écran.

A moins que je n’investisse dans une tablette graphique ? Il est peut-être là, le meilleur des deux mondes !

Pourquoi travaillons-nous ?

Ce matin, en sortant du train, j’ai été frappé par le fleuve de voyageurs se rendant tous à leur travail. Dans ce même train, je lisais le premier volet des articles consacrés au centenaire des Echos. On y découvre que le temps de travail a été en moyenne divisé par deux depuis 1908.

Alors, est-ce qu’un jour nous ne travaillerons plus du tout ? Qu’est-ce qui nous pousse tous à aller travailler le matin ? Nous allons gagner notre vie, c’est vrai. Mais nous pouvons aussi faire de notre travail un travail pour changer le monde. Nous pouvons le faire, chacun dans sa zone d’influence, et collectivement.

Pour prolonger ces idées jetées rapidement (je ne peux pas m’attarder, j’ai du boulot !), j’ai le plaisir de relayer ce message d’un camarade d’HEC. « Camarade » est un terme qui peut surprendre, c’est pourtant ainsi que nous nous dénommons, en tant que diplômés de l’école de Jouy-en-Josas. Le sujet du livre bousculera également des clichés : « peut-on jouir du capitalisme ? » Enfin, le fait que je relaie cette interrogation, alors que je ne m’inscris pas à gauche, pourra aussi surprendre.

Mais une chose est probable : le capitalisme tel que nous l’avons connu n’est sûrement pas l’alpha et l’omega d’une organisation économique optimale. A nous d’inventer l’avenir.

Le message de Luis :

Chers camarades,

J’aimerais vous présenter mon dernier livre, un essai qui s’intitule :
PEUT-ON JOUIR DU CAPITALISME ? (éditions Punctum). Pour en savoir plus,
vous pouvez aussi vous reporter à mon interview en pages 76 et 77 de
Philosophie magazine. (…) Merci
de défendre ce livre si vous y trouvez de l’intérêt. Nous devons tous
contribuer à ce que le 21e siècle soit plus civilisé que le précédent.

Cordial salut,
Luis de Miranda (H94)

Voir le site de l’auteur et sa passionnante description du créalisme : http://arsenaldumidi.hautetfort.com/