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Mon avis sur le documentaire d’Arte « Le monde selon Xi Jinping »

Le monde selon Xi Jinping
Le monde selon Xi Jinping

Arte a diffusé la semaine dernière un documentaire au contenu très riche sur la transformation de la Chine sous l’égide de Xi Jinping.

Ce documentaire, disponible sur le site d’Arte jusqu’au 15 février 2019, est une vulgarisation de la mutation engagée par la Chine depuis l’accession au pouvoir du président Xi en 2012. Son grand mérite est de fournir des informations au grand public sur quantité de sujets : histoire personnelle de Xi Jinping, réforme constitutionnelle chinoise, politique de lutte contre la corruption, contrôle de l’information et des médias sociaux, approche de la diplomatie et de la géopolitique, développement de l’armée, etc.

Son grand défaut est qu’il est un documentaire à charge contre Xi Jinping, qui place d’emblée la Chine du côté des adversaires menaçants. Il commence par une psychanalyse sauvage de Xi, tentant d’expliquer son orthodoxie communiste par un traumatisme qu’il aurait vécu pendant son enfance et par le rude traitement qu’il a subi au moment de la Révolution culturelle. Fond sonore effrayant à l’appui, Xi Jinping est presque décrit comme un malade, se voulant plus communiste que Mao pour expier une faute familiale originelle.

Ce genre d’analyse psychologisante à distance est hautement critiquable. J’ai d’ailleurs failli arrêter de visionner le documentaire après les 15 premières minutes tant cet angle m’énervait…

Heureusement, le reste du documentaire s’est avéré plus intéressant, même si toujours orienté de manière critique contre la Chine. Il décrit bien, par exemple, la stratégie d’influence chinoise par le commerce au travers des « nouvelles routes de la soie » voulues par Xi Jinping. Surtout, il met l’accent sur la grande force de la Chine : la vision à long terme de ses dirigeants. Un symbole : le Parti Communiste Chinois (le PCC) a les yeux rivés vers 2049, qui doit correspondre au centenaire de la création de la République Populaire de Chine. L’objectif fixé au pays est clair : à cette date, il doit être la première puissance économique mondiale.

Le documentaire laisse entendre qu’au-delà de l’économie, c’est une hégémonie globale que vise la Chine. Le PCC voudrait imposer son modèle social et politique au reste du monde. En cela, il prend le contrepied total des déclarations de Xi qui a, à de maintes occasions, affirmé que la Chine ne s’immiscerait jamais dans l’organisation interne des autres pays, et qu’elle ne recherchait pas à dominer le monde.

Cela paraît difficile à croire pour les Occidentaux qui ont historiquement recherché à imposer leur modèle aux autres pays. La Chine super-puissance sera-t-elle capable de résister à cette tentation ?

Une chose est sûre, en tout cas. Le documentaire diffusé sur Arte s’inscrit dans une logique de lutte entre blocs, voire de lutte entre les civilisations. Dans le film, la Chine n’est pas considérée comme un partenaire avec lequel il serait souhaitable de construire des coopérations, mais comme un rival qu’il convient de contenir. Qui plus est, la tonalité d’ensemble du film est défaitiste. Le match paraît plié.

On ne peut que regretter cette approche mettant l’accent sur les antagonismes entre les pays, négative et souvent caricaturale. Le monde selon Xi Jinping est donc un documentaire riche et instructif, mais à prendre avec des pincettes.

Mais pourquoi donc des policiers chinois à Paris ?

Mise à jour 16/08/2014 : finalement, le Ministère de l’Intérieur a abandonné le projet.

Des policiers chinois seront présents à Paris cet été pour « rassurer » les touristes de l’Empire du Milieu. Les policiers français ne seraient-ils donc pas suffisamment rassurants ? Il est vrai qu’ils n’avaient pas fait forte impression au moment du passage de la flamme olympique en 2008, en n’étant pas capable de contenir les manifestations de RSF. Mais le maintien de l’ordre n’est-il pas du ressort du ministère de l’Intérieur ? Avons-nous besoin maintenant de forces étrangères sur notre sol pour assurer l’ordre et l’autorité ? Alors que notre indépendance est déjà fortement atteinte par les transferts de souveraineté consentis à l’Union Européenne, ce fait est symptomatique de la déliquescence de l’autorité de l’Etat.

Fabius accueille des touristes chinois à l’aéroport… pour parler droits de l’Homme ou shopping ?

Mais il est vrai que nos plus hauts représentants au gouvernement estiment maintenant que leur rôle consiste à faire le VRP à  l’aéroport. Finalement, tout se tient, mais pendant ce temps la France se défait.

Chine : des équipements simples pour rester en forme

Il est toujours étonnant pour un Français qui arrive en Chine de voir combien les personnes âgées dans ce pays prennent soin de leur condition physique. L’été, le jour à peine levé, vers 5 ou 6 heures du matin, elles sont déjà nombreuses à s’activer dans les jardins : danse de l’éventail, Qi Gong, Tai Chi ou tout simplement gymnastique, elles regorgent de dynamisme. Cette vitalité, on la retrouve dans les bals ayant lieu chaque soir sur les places. Plus généralement, on trouve partout, dans les squares et dans les jardins, des équipements sportifs très simples, utilisés par tous, toutes classes d’âge confondues.

Barre de traction dans un square à SanYa (Hainan, Chine)

Equipement de gymnastique dans un square à SanYa (Hainan, Chine)

Equipement de gym dans un square à SanYa (Hainan, Chine)

Tout un chacun peut ainsi se livrer à des exercices d’assouplissement, d’étirement, à des tractions, etc. Les mamans qui surveillent leurs enfants bavardent tout en faisant ces exercices.

A quand de tels équipements dans nos squares et nos jardins ?

5 choses que je n’ai pas vues en Chine

Lors de mon séjour en Chine en décembre 2013, je n’ai pas vu :

  • de nuages

Le ciel était soit très bleu (temps froid sec à Pékin et chaud à SanYa), soit couvert. Mais lorsqu’il était couvert, c’était de smog, ce mélange de pollution et de brume. Ainsi, dans le parc naturel de Yanoda, à Hainan, on devrait avoir une splendide vue depuis la montagne. Mais à cause du smog, la vue se résume à ceci :

Smog à Hainan
Smog à Hainan
  • de mendiants

Ni dans la rue, ni dans le métro à Pékin.

  • de foie gras

Dommage, pour les fêtes de fin d’année

  • de seins nus sur les plages de Hainan

Dommage, pour les fêtes de fin d’année.

  • de cigarettes électroniques

En revanche, les hôtels comportent toujours des chambres fumeurs, ce que je n’avais pas vu depuis longtemps, et on peut fumer dans les restaurants.

Comment le sentiment anti-japonais se diffuse chez les Chinois

Caricature française (début XXème) : Chine et Japon tentant de
Caricature française (début XXème) : Chine et Japon tentant de « pêcher » la Corée, avec la Russie en arrière-plan

Ce n’est rien de dire que les exactions perpétrées contre la Chine par le Japon au XXème siècle ont laissé une plaie à vif dans la société chinoise. Le récent regain de tension entre les deux pays n’a fait qu’exacerber un sentiment anti-japonais dans la population chinoise. Cela se ressent dans les conversations que l’on peut avoir avec des Chinois et dans la place accordée à la crise sino-japonaise dans les médias. Mais cela se traduit aussi dans les programmes de divertissement diffusés à la télévision ! Ainsi, les fictions historiques sont un genre développé en Chine, et j’ai pu constater combien l’histoire compliquée et douloureuse avec le Japon était une source d’inspiration sans fin  pour les scénaristes ! Mais ce qui m’a le plus frappé lors de mon séjour récent en Chine, c’est un dessin animé diffusé à la télévision et qui s’intitule « frappez les envahisseurs ». Il raconte l’histoire d’un village chinois occupé par des soldats japonais, largement tournés en ridicule. Il me semble que ce genre de programme ne fait que nourrir l’animosité entre les deux peuples, dès le plus jeune âge, et je dois dire que cela m’a choqué.

Des tickets de rationnement chinois datés…1985

La capitale chinoise compte bon nombre de restaurants de très bonne qualité. L’abondance et la variété des plats donne le tournis au visiteur occidental (à moins que ce ne soit le vin chinois, 白酒, báijiǔ). Maniant l’art du paradoxe, l’un de ces établissements a choisi d’exposer dans une vitrine, parmi d’autres curiosités, ces anciens tickets de rationnement.

Tickets de rationnement - Chine 1985
Tickets de rationnement – Chine 1985

A partir des années 50, la Chine a mis en place le rationnement de certains biens. Comme l’explique Lin Siren, un retraité chinois qui a accumulé une impressionnante collection de ces tickets :

« Les produits de première nécessité étaient tous fournis en quantités limitées aux habitants, notamment les aliments, comme le glutamate de sodium, les oignons, le gingembre, etc. Même le linge, les parapluies ou le dentifrice étaient fournis selon cette règle. A Shanghai, on a ainsi émis des tickets pour le papier hygiénique ou les mouchoirs. »

Or, les tickets que j’ai pu voir exposés dans un restaurant datent de … 1985 ! Cette date, finalement assez récente, donne une illustration frappante du chemin parcouru par l’économie chinoise en moins d’un demi-siècle.

Pour aller plus loin : voir d’autres photos de tickets de rationnement chinois

Sai weng shi ma – Bonheur et malheur cachés

塞翁失马 - Sai weng shi ma
塞翁失马 – Sai weng shi ma

« Sai weng shi ma » (塞翁失马) est une expression du langage courant que tous les Chinois connaissent. Littéralement, elle se traduit par « Le vieux Sai perd son cheval ».  Elle est tirée d’une célèbre légende chinoise, dont vous trouverez une transcription ci-dessous.

Il y avait un vieil homme, à l’époque des Royaumes combattants, que l’on appelait le vieil homme de la frontière. Il élevait beaucoup de chevaux. Un jour, l’un d’entre eux s’enfuit du groupe. Lorsqu’ils l’apprirent, les voisins du vieil homme vinrent le réconforter, en disant qu’il était un homme d’un age vénérable et qu’il ne devait pas miner sa santé en se faisant du souci à cause de la perte d’un cheval. Ce à quoi le vieil homme de la frontière répondit, avec un sourire ingénieux : « ce n’est pas une lourde perte. Qui sait ? C’est peut-être même une bénédiction cachée… »

Les villageois se sont un peu moqués lorsqu’ils ont entendu ces paroles. La perte d’un cheval ne pouvait vraiment pas être considérée comme une bonne chose. Ces propos ne pouvaient être qu’une façon pour le vieil homme de se consoler. Et pourtant… Quelques jours plus tard, le cheval fugitif revint. Et il ne revint pas seul, mais accompagné d’un autre magnifique cheval.
Quand ils apprirent que le cheval perdu était revenu, les voisins furent très surpris de la brillante clairvoyance du vieil homme. Ils le félicitèrent, en disant que la perte du cheval était bien une bénédiction cachée, qui s’était avérée très fructueuse. Mais le vieil homme avait l’air anxieux et il dit : « gagner un beau cheval sans travailler pourrait m’apporter bien des malheurs. » Les voisins se dirent qu’il se mentait à lui-même. Sûrement, il était heureux d’avoir gagné un autre cheval, et il ne voulait pas le montrer pour paraître modeste.

Il se trouve que le vieillard avait un fils unique, grand amateur de promenades en cheval. Ce garçon avait pris l’habitude de monter le nouveau cheval, avec un grand plaisir, car c’était vraiment une excellente monture. Malheureusement, un jour, il fit une chute et se cassa une jambe. Les villageois vinrent encore une fois dans la maison du vieux monsieur pour le consoler. Mais le vieil homme se contenta de dire : « peut-être que c’est une bénédiction cachée. » Les voisins se dirent encore une fois que ce n’étaient que les divagations d’un vieil homme. Clairement, une jambe cassée ne pouvait nullement être une bénédiction.

Tout ceci s’est passé peu de temps avant que les tribus du Nord ne lancent leur grande invasion sur les régions frontalières. Beaucoup de jeunes gens furent enrôlés dans l’armée, mais pas le fils du vieil homme de la frontière, parce qu’il était handicapé. Beaucoup des jeunes soldats moururent, seul le fils du vieil homme survécut.

Moralité : un coup de chance peut se révéler après coup un malheur, et un malheur peut finalement apporter de bonnes choses.