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Un État faible

Le mouvement des gilets jaunes est éminemment sympathique. Il vient rappeler à Emmanuel Macron qu’un Président de la République, en France, est le président de tous les Français : les riches, les pauvres, les ruraux, les urbains, les diplômés, ceux qui n’ont pas de qualification… Le président doit parler à tous ces gens ; servir la France passe par le service de cette diversité.

Toutefois, le mouvement des gilets jaunes est aussi symptomatique de la déliquescence de l’Etat. Pourquoi avoir autorisé ce que Castaner a appelé à juste titre des attroupements ? Les manifestations, en France, doivent être déclarées en préfecture. Comment avoir laissé prospérer une population de barbares en marge de la République ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit avec les casseurs.

Le problème originel est qu’Emmanuel Macron a été mal élu. Son accession au pouvoir a été le fruit de circonstances au mieux fortuites, au pire savamment orchestrées : l’empêchement de François Fillon, la qualification de Marine le Pen au deuxième tour. Macron n’a jamais rassemblé sur son nom, mais toujours contre : contre les vieux de la politique qu’il convenait de « dégager » ; contre le péril de l’extrême-droite, qu’il fallait contenir.

En politique, chez nous, la puissance puise in fine sa source dans la légitimité démocratique. Dans le cas de Macron et de son gouvernement, celle-ci est très faible. Tout juste disposent-ils d’une légitimité légale. Dans ces conditions, sur fond de défiance et de mécontentement de la population, il était extrêmement difficile d’interdire le mouvement des gilets jaunes. Cela aurait ressemblé à un étouffement de plus de l’expression du peuple.

On voit mal comment sortir de cette situation sans le retour aux urnes. Mais comme tout ce que propose le gouvernement est un « dispositif de concertation nationale », alors que ce qu’il faudrait, c’est un référendum, nous allons rester dans ce malaise jusqu’aux élections européennes… qui ne manqueront pas de prendre l’aspect d’un vote sanction contre Macron.

Des raisons de la vacuité politique et médiatique en France

Depuis quelques semaines, les médias nous abreuvent en continu de Dieudonné et autres quenelles. Le personnel politique se délecte lui aussi de ce sujet : faut-il interdire les spectacles de cet individu ? Quelle que soit l’opinion que l’on a sur cette question, on est en droit de se demander s’il n’y a pas d’autres sujets plus importants pour les Français. Où est le grand dessein que nos dirigeants nous proposent ? A quel élan d’enthousiasme nous invitent-ils ? Comment se retroussent-ils concrètement les manches pour faire réussir la France ?

L’inanité politique et médiatique n’est pas un phénomène nouveau. Mais on le ressent plus profondément quand on s’éloigne quelque temps de notre pays, comme cela a été mon cas en fin d’année dernière. Comment l’expliquer ?

Une raison que j’avancerais est l’impuissance réelle ou supposée de nos dirigeants à régler les vraies problèmes. Lorsque l’on n’a pas d’idée pour relancer la croissance, diminuer le chômage, favoriser l’intégration et l’unité nationale, faire peser la France sur la scène internationale, que faire de son énergie ? La solution de facilité est de la gaspiller sur des sujets secondaires : les « affaires » (affaire Léonarda, affaire Dieudonné).

Les chaînes d’information continue se repaissent de ses sujets qui leur permettent de remplir leur temps d’antenne : des « experts » décortiquent à longueur de journée les « réactions » et les « commentaires », à renfort de tweets et autres petites phrases.

Tout cela n’est que du divertissement. On divertit les Français des vrais enjeux, c’est-à-dire qu’on les fait regarder ailleurs ; et les responsables politiques et médiatiques se divertissent, au sens où ils se détournent de leurs vraies missions. Ce faisant, ils s’illusionnent eux-mêmes. Les politiques croient gouverner, proposer ou s’opposer, alors qu’ils ne font que bavarder ; les journalistes croient informer, alors qu’ils ne font que meubler.

Tout cela se fait dans un climat de haine, rancœur et agressivité.

Et si l’origine de ce phénomène était à chercher dans la frustration inavouée de nos élites ? Elles croyaient avoir le pouvoir, mais elles se découvrent enchaînées. A force de renoncement, elle se trouvent prisonnières de décisions technocratiques prises à Bruxelles en dehors du circuit démocratique, et aux caprices des marchés financiers.

Au lieu de perdre leur temps et de gaspiller le nôtre dans des surenchères stériles sur des sujets qui n’en valent pas la peine, ne feraient-elles pas mieux de secouer leurs chaînes ?