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Madame Irma, les oracles et les instituts de sondage

Madame Irma
Madame Irma

Ce pourrait être le titre d’une fable. En tout cas, cela décrit bien ce qui s’est passé à l’occasion des dernières élections européennes.

Les instituts de sondage prédisaient un fort taux d’abstention, une percée de Bellamy et Philippot à 2-3%.

Au final, la participation fut en forte hausse, les Republicains se sont ratatinés et Philippot peut aller se rhabiller.

Comment expliquer ce décalage entre les prévisions et la réalité ? On peut envisager plusieurs hypothèses :

  • Une incompétence des instituts de sondage français
  • Une absence de pertinence des sondages politiques de manière absolue
  • Une malhonnêteté intellectuelle des instituts français

A l’appui de la troisième hypothèse, on s’étonnera par exemple du fait que la liste UPR de François Asselineau « Ensemble pour le Frexit » n’était bien souvent tout simplement pas proposée aux répondants, alors que cette liste a finalement recueilli plus du double de voix que Philippot.

Quoi qu’il en soit, ce décalage est source d’optimisme. On entend souvent que les instituts de sondage feraient l’opinion. En l’occurrence, les électeurs français ne s’en sont pas laissés conter, et ont voté comme ils en ont eu envie.

Un État faible

Le mouvement des gilets jaunes est éminemment sympathique. Il vient rappeler à Emmanuel Macron qu’un Président de la République, en France, est le président de tous les Français : les riches, les pauvres, les ruraux, les urbains, les diplômés, ceux qui n’ont pas de qualification… Le président doit parler à tous ces gens ; servir la France passe par le service de cette diversité.

Toutefois, le mouvement des gilets jaunes est aussi symptomatique de la déliquescence de l’Etat. Pourquoi avoir autorisé ce que Castaner a appelé à juste titre des attroupements ? Les manifestations, en France, doivent être déclarées en préfecture. Comment avoir laissé prospérer une population de barbares en marge de la République ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit avec les casseurs.

Le problème originel est qu’Emmanuel Macron a été mal élu. Son accession au pouvoir a été le fruit de circonstances au mieux fortuites, au pire savamment orchestrées : l’empêchement de François Fillon, la qualification de Marine le Pen au deuxième tour. Macron n’a jamais rassemblé sur son nom, mais toujours contre : contre les vieux de la politique qu’il convenait de « dégager » ; contre le péril de l’extrême-droite, qu’il fallait contenir.

En politique, chez nous, la puissance puise in fine sa source dans la légitimité démocratique. Dans le cas de Macron et de son gouvernement, celle-ci est très faible. Tout juste disposent-ils d’une légitimité légale. Dans ces conditions, sur fond de défiance et de mécontentement de la population, il était extrêmement difficile d’interdire le mouvement des gilets jaunes. Cela aurait ressemblé à un étouffement de plus de l’expression du peuple.

On voit mal comment sortir de cette situation sans le retour aux urnes. Mais comme tout ce que propose le gouvernement est un « dispositif de concertation nationale », alors que ce qu’il faudrait, c’est un référendum, nous allons rester dans ce malaise jusqu’aux élections européennes… qui ne manqueront pas de prendre l’aspect d’un vote sanction contre Macron.

Les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy rejetés

La commission des comptes de campagne vient de rejeter les comptes de Nicolas Sarkozy pour la présidentielle de 2012. Motif : la campagne de NS aurait démarré bien avant sa date officielle (février 2012), une partie des déplacements de NS en tant que président aurait servi à sa campagne.

Conséquence : l’UMP pourrait être privée de 11 millions d’euros d’aide publique. Sachant que la situation financière de l’UMP est déjà très tendu, c’est une véritable catastrophe pour le parti.

Nicolas Sarkozy a un mois pour faire appel de la décision devant le Conseil Constitutionnel.

Problème : NS est membre du Conseil Constitutionnel…

L’autre élection

Les médias français sont tout occupés à commenter la victoire de François Hollande aux Présidentielles, et c’est bien naturel. Mais après avoir baigné pendant des mois dans un climat de campagne, et juste avant de nous replonger avec délices dans une autre campagne, celle des Législatives, il peut être bon de sortir le nez de l’Hexagone. Si l’on doit se réjouir de la vitalité démocratique, force est de constater que chez nos voisins grecs, l’expression populaire dans les urnes embarque le pays dans une voie bien périlleuse.

C’est ainsi que le parti d’extrême-gauche Syriza a devancé, aux élections d’hier, le Pasok (équivalent du parti socialiste) pour devenir la deuxième force politique du pays. Au total, d’après les dernières estimations, Syriza, KKE (parti communiste) et la Gauche démocratique (parti dissident de Syriza) totalisent 31,15% des voix ! Pour compléter le tableau, ajoutons que le parti néo-nazi Aube Dorée a obtenu 7% des voix et a fait son entrée au Parlement.

Autrement dit, les partis d’extrême gauche et d’extrême droite (et d’une extrême-droite radicale, c’est le moins que l’on puisse dire), ont recueilli près de 40% des suffrages.

Autant dire que la crise grecque ne paraît pas près de finir. Dans ce contexte international, notre nouveau président aura fort à faire…