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Des raisons de la vacuité politique et médiatique en France

Depuis quelques semaines, les médias nous abreuvent en continu de Dieudonné et autres quenelles. Le personnel politique se délecte lui aussi de ce sujet : faut-il interdire les spectacles de cet individu ? Quelle que soit l’opinion que l’on a sur cette question, on est en droit de se demander s’il n’y a pas d’autres sujets plus importants pour les Français. Où est le grand dessein que nos dirigeants nous proposent ? A quel élan d’enthousiasme nous invitent-ils ? Comment se retroussent-ils concrètement les manches pour faire réussir la France ?

L’inanité politique et médiatique n’est pas un phénomène nouveau. Mais on le ressent plus profondément quand on s’éloigne quelque temps de notre pays, comme cela a été mon cas en fin d’année dernière. Comment l’expliquer ?

Une raison que j’avancerais est l’impuissance réelle ou supposée de nos dirigeants à régler les vraies problèmes. Lorsque l’on n’a pas d’idée pour relancer la croissance, diminuer le chômage, favoriser l’intégration et l’unité nationale, faire peser la France sur la scène internationale, que faire de son énergie ? La solution de facilité est de la gaspiller sur des sujets secondaires : les « affaires » (affaire Léonarda, affaire Dieudonné).

Les chaînes d’information continue se repaissent de ses sujets qui leur permettent de remplir leur temps d’antenne : des « experts » décortiquent à longueur de journée les « réactions » et les « commentaires », à renfort de tweets et autres petites phrases.

Tout cela n’est que du divertissement. On divertit les Français des vrais enjeux, c’est-à-dire qu’on les fait regarder ailleurs ; et les responsables politiques et médiatiques se divertissent, au sens où ils se détournent de leurs vraies missions. Ce faisant, ils s’illusionnent eux-mêmes. Les politiques croient gouverner, proposer ou s’opposer, alors qu’ils ne font que bavarder ; les journalistes croient informer, alors qu’ils ne font que meubler.

Tout cela se fait dans un climat de haine, rancœur et agressivité.

Et si l’origine de ce phénomène était à chercher dans la frustration inavouée de nos élites ? Elles croyaient avoir le pouvoir, mais elles se découvrent enchaînées. A force de renoncement, elle se trouvent prisonnières de décisions technocratiques prises à Bruxelles en dehors du circuit démocratique, et aux caprices des marchés financiers.

Au lieu de perdre leur temps et de gaspiller le nôtre dans des surenchères stériles sur des sujets qui n’en valent pas la peine, ne feraient-elles pas mieux de secouer leurs chaînes ?

Contre le déclin, on n’a pas tout essayé !

Reprendre - Ni sang ni detteLe présent billet est une reprise de mon commentaire publié sur Amazon.fr à propos du récent ouvrage de Jean-Michel Truong, Reprendre – Ni sang ni dette
(Le No Man’s Land, mai 2013).

Dekoismelltill ? Un auteur de romans a t-il le droit d’écrire un essai économique ? A t-on le droit de penser et de partager ses propositions en dehors des « milieux autorisés » si bien moqués par Coluche ? Jean-Michel Truong apporte une réponse décapante à ces questions. Son essai est d’abord celui d’un amoureux de la France, qui a mal quand il la voit décliner. Et ce déclin, malheureusement, il le perçoit avec une grande acuité dans ses échanges avec ses partenaires internationaux, lui qui a vécu une vingtaine d’années en Chine. Mais il ne se résout pas au défaitisme et, fort de la puissance d’imagination du romancier, il ose proposer une idée originale pour sortir de la crise : remplacer l’ensemble des aides aux entreprises par un système de dot attribuée à chaque citoyen et associé à un système de droit de tirage sous forme de crédits pour les entreprises.
Cette idée originale est étayée par une argumentation solide et une documentation qui ne l’est pas moins. Les notes de bas de page sont une mine d’informations : des statistiques, mais aussi des références à d’autres oeuvres et des citations viennent conforter le raisonnement (on remarquera par exemple la citation sidérante tirée de La Guerre hors limites de Qiao Liang et Wang Xiangsui, au chapitre 7). Le tout est rédigé avec un style enlevé, à la fois simple, drôle, littéraire sans être pédant, et varié.
Bref, une livre réjouissant et stimulant, que nos politiques auraient grand profit à lire !

L’autre élection

Les médias français sont tout occupés à commenter la victoire de François Hollande aux Présidentielles, et c’est bien naturel. Mais après avoir baigné pendant des mois dans un climat de campagne, et juste avant de nous replonger avec délices dans une autre campagne, celle des Législatives, il peut être bon de sortir le nez de l’Hexagone. Si l’on doit se réjouir de la vitalité démocratique, force est de constater que chez nos voisins grecs, l’expression populaire dans les urnes embarque le pays dans une voie bien périlleuse.

C’est ainsi que le parti d’extrême-gauche Syriza a devancé, aux élections d’hier, le Pasok (équivalent du parti socialiste) pour devenir la deuxième force politique du pays. Au total, d’après les dernières estimations, Syriza, KKE (parti communiste) et la Gauche démocratique (parti dissident de Syriza) totalisent 31,15% des voix ! Pour compléter le tableau, ajoutons que le parti néo-nazi Aube Dorée a obtenu 7% des voix et a fait son entrée au Parlement.

Autrement dit, les partis d’extrême gauche et d’extrême droite (et d’une extrême-droite radicale, c’est le moins que l’on puisse dire), ont recueilli près de 40% des suffrages.

Autant dire que la crise grecque ne paraît pas près de finir. Dans ce contexte international, notre nouveau président aura fort à faire…